
Le téléphone a sonné un après-midi du mois d'août, alors que ma soeur Gracie et moi étions sur la véranda en train d'éplucher le maïs doux dans les grands seaux en fer-blanc. Les seaux étaient criblés de petites marques de crocs qui dataient du printemps dernier, quand Merveilleux, notre chien de ranch, avait fait une dépression et s'était mis à manger du métal.
Peut-être devrais-je m'exprimer de manière un peu plus claire. Quand je dis que Gracie et moi épluchions le maïs doux, ce que je veux dire, en fait, c'est que Gracie épluchait le maïs doux tandis que moi, de mon côté, je schématisais dans l'un de mes petits carnets bleus les différentes étapes de cet épluchage.
Tecumseh Sansonnet Spivet est un gamin de 12 ans vivant dans un ranch, à Divide, Montana. Fils ainé du couple improbable composé par son père rancher et sa mère scientifique, c'est aussi un génie précoce en matière de science et plus précisément dans l'élaboration de schéma technique ou de cartes. Le Docteur Yorn, un ami de sa mère, l'accompagne dans ses oeuvres et lui permet d'être publié dans diverses revues scientifiques. A son insu, le docteur l'a même inscrit au prestigieux concours du Smithsonian à Washington....
Je faisais des croquis très détaillés de toutes ces activités depuis que j'avais huit ans, âge auquel mes facultés cognitives et mon intelligence avaient commencé à s'épanouir, juste assez pour m'accorder le recul nécessaire au travail du cartographe. Je ne prétends pas que mon esprit était entièrement développé : j'aurais été le premier à reconnaître que je restais un enfant à bien des égards. Pour tout dire, il m'arrivait encore de faire pipi au lit, et je conservais une peur panique du porridge. Mais j'étais fermement convaincu que la cartographie avait gommé beaucoup de mes croyances enfantines. Quelque chose, dans le fait de mesurer la distance entre l'ici et l'ailleurs, dissipait le mystère de ce qui se trouvait entre les deux, mystère parfois terrifiant pour moi qui, comme la plupart des enfants, manquais de connaissance empiriques. Comme la plupart des enfants, je n'étais jamais allé ailleurs. J'étais à peine arrivé ici.
Pour sa plus grande surprise, il remporte le concours. Les responsables de ce dernier le contacte directement court circuitant le Docteur Yorn. Si le premier réflexe de T.S. est de décliner l'invitation, sans pour autant lever le quiproquo concernant son âge, un petit incident avec son père va déclencher une mutation profonde.
Quelque chose, dans la façon dont mon père avait poussé ce serpent du bout du pied, dont il n'avait vu que lui à cet instant et l'avait complètement oublié l'instant d'après, me troublait profondément. Sitôt la crise évitée, il en était revenu à son souci initial : la remise en eau des fossés, et cela avec une assurance qui signifiait, en substance : Il n'y a pas de miracles sur cette Terre.
Je n'étais pas né pour vivre ici. Je le savais depuis longtemps, sans doute, mais le geste de mon père avait cristallisé cette vérité. Je n'étais pas une créature de l'Ouest.
J'allais me rendre à Washington. J'étais cartographe, scientifique, et on avait besoin de moi là-bas. Le Dr Clair elle aussi était scientifique, mais je ne sais trop pourquoi, le ranch lui convenait aussi bien qu'à mon père. Ces deux-là étaient à leur place ici, ensemble, à se tourner autour sur les pentes infinies du divide.
T.S. fugue alors et compte bien couvrir les quatre milles kilomètres qui le sépare de Washington, il prend d'ailleurs rapidement ses aises en arrêtant avec astuce un train de marchandises. Commence alors un petit road movie émaillé de rencontres étonnantes, des digressions incessantes de T.S. et de la lecture d'un carnet, emprunté dans le bureau de sa mère, narrant la vie d'une lointaine aïeule de son père, une des premières géologues du XIXeme siècle.
Le texte est abondamment illustré, en marge de dessins et schémas, donnant corps aux multiples digressions. T.S. se révèle un gamin attachant autant passionné par la cartographie que les Mac Donald. Le récit est très vivant et on s'attache rapidement à cet enfant, hanté par un énorme sentiment de culpabilité, présenté par petites touches au fil des pages. Le voyage prend finalement moins de temps que prévu mais est riche en rencontres surprenantes, par forcément aimables.
Un très beau texte, qui s'il est assez classique dans son thème de la fugue, est narré de manière originale et foisonne d'autres problématiques. En sus des problèmes du gamin, on trouvera ainsi un historique sur la place des femmes dans la communauté scientifique, la théorie de l'évolution, la mécanique quantique, des trous de vers, le côté pontifiant des représentants des institutions prestigieuses, un prophète dément, un flic pas bien malin, une société secrète...
L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet ne relève pas réellement de la littérature de genre mais l'omniprésence de la science sous toutes ses formes, même les plus improbables, ne peut que séduite l'amateur de SF. Un excellent roman que je recommande chaudement, un des moments les plus marquants de cette année.

Nouvelle édition de l'anthologie réalisée dans les cadres des Imaginales, Magiciennes et Sorciers s'avèrent plus convaincantes que Rois et Capitaines, notamment en ce qui concerne le respect du thème.
Coeur de Serpent de Sire Cédric est un texte de Sword and Sorcery des plus honnêtes, un sorcier et l'unique survivante du convoi font cause commune pour une descente en enfer, talonnés par les pillards quelque peu surnaturels. Efficace et rythmé, un bon moment.
Djeeb l'encharmeur, le héros de Laurent Gidon, a des points communs avec le Cugel de Vance, en moins cynique et plus naïf. Un texte assez agréable qui vire rapidement à la SF.
Toiles déchirées de Charlotte Bousquet semble être une introduction à son roman Arachnae, un texte plaisant qui m'a donné envie de lire ce roman. A suivre...
Exaucée permet à Maïa Mazaurette de chasser sur les terres de Catherine Dufour. Une jeune enchanteresse se lance dans l'invocation d'un prince charmant, ce dernier ne répondra pas exactement à ses attentes... Un texte drôle et grinçant.
T'humilierai de Justine Niogret a pour toile de fond l'éradication des cultes païens mais il manque quelque chose pour entrainer l'adhésion. La narration au passé fonctionne bien mais la chute tombe un peu à plat...
J'attendais peut-être trop de l'auteur de Chien du Heaume.
L'Ultime Illusion d'Erik Wietzel relate la dernière aventure d'un aventurier sorcier à ses heures, un texte bateau prévisible et peu entrainant. Par ailleurs, il me semble que le style de l'auteur s'est appauvrit par rapport à son Bien-être, Travail envié paru dans Légendaire.
In cauda venenum de Rachel Tanner met en scène une magicienne dans une ère romaine uchronique pour une enquête visant à découvrir l'auteur d'un envoutement. Le contexte est sympathique mais l'enquête est rapidement et trop facilement expédiée. Un bilan mitigé car se lit très bien mais sans être prenant ou mémorable.
Margot de Julien d'Hem, une jeune femme est sauvagement violée par une bande d'individus protégés. Un démon intervient alors pour lui offrir les moyens de se venger. Un texte assez jubilatoire mais qui s'essouffle rapidement, pour une fin ici aussi mitigée.
Le crépuscule des maudites de Sylvie Miller et Philippe Ward, inquisition et luttes entre cultes païens en Pays Basque au XVIIeme, est assez original et crépusculaire même si l'on reste quelque peu sur sa fin. Sympathique malgré tout.
L'autre de Pierre Bordage est un récit, quasi naturaliste, d'un village où toutes les mesquineries sont reportées sur la figure de l'étrangère. Un texte très efficace dans sa construction et sa montée en puissance, le talent de Bordage en tant que conteur n'est plus à démontrer, un très bon moment.
Respectons les procédures de Jean-Claude Dunyach présente un univers de fantasy absurde et bureaucratique auquel je n'ai pas accroché. La seconde déception de ce recueil.
Quelques grammes d'oubli sur la neige de Lionel Davoust met en scène un roi désireux de sauver son royaume agonisant faisant appel à une sorcière pour découvrir les secrets perdus de l'Age d'Or, malgré la réprobation du clergé. Un texte crépusculaire à la chute remarquable, un excellent moment.
La Troisième Hypostase de Jean-Philippe Jaworski, est une nouvelle plongée dans le passé de l'univers du Vieux Royaume. L'occasion de revenir sur le conflit et la chute d'elfes mythiques évoqués dans Gagner la guerre. Un texte bien mené, aux images fortes mais moins prenant que celui de Lionel Davoust qui le précède. Un bon moment.
Chamane de Fabien Clavel, narre l'arrivée des tribus nomades en Hongrie et la fin de l'ère du chamanisme en leur sein. Un récit crépusculaire bien mené et très agréable.
Une anthologie très plaisante au finale, deux textes seulement m'ayant rebutés. Une bonne surprise et une invitation à découvrir quelques auteurs que je ne connaissais pas : Laurent Gidon (déjà présent dans ma pile sur l'insistance de Xavier de Scylla) et Charlotte Bousquet.

La chaleur qui régnait chez le vieillard était terrassante et Complain ruisselait de sueur. Le babil des femmes l'atteignait encore au travers de la porte. Alors, brutalement, il vit les Quartiers tels qu'ils étaient réellement : une caverne immense, une caverne débordant de l'écho, bourdonnant de parlotes incessantes : personne n'agissait vraiment ; il n'y avait que des voix. Des voix mourantes.
Roy Complain est un chasseur de la tribu des Greene, bénéficiant du fait de sa profession d'un statut privilégié. En tant que tel, il dispose d'une épouse et d'une cabine individuel et fait partie des seuls membres à se confronter régulièrement à la jungle qui occupe les parties du Vaisseau non occupées.
Il apparait ainsi rapidement que les membres de la tribu sont les occupants d'un vaisseau générationnel, ancien équipage ayant décliné et perdu au fil des générations toute connaissance technologique ainsi que la nature de leur environnement. Les religions ont disparues remplacées par un amalgame de concepts psychologiques dévoyés.
Tout bascule pour Roy quand sa femme est enlevée par des membres d'une autre tribu. Tant la sanction qui lui est infligée que la déchéance de son beau-père agonisant le déstabilise... Abordé par le prêtre Marraper, avide de pouvoir, qui a bien compris son trouble, il fuit la tribu avec quelques compagnons. Au mépris des lois de la tribu, Marraper a en effet mis la main sur un livre technique contenant un plan de leur environnement et compte bien l'exploiter à son bénéfice.
Suis moi bien, Roy. Se trouver à l'intérieur d'un vaisseau - et ne pas s'y trouver - sont deux faits profondément différents : tout tient dans cette phrase. La seule chose que tu connais (toi et nous tous), c'est ce que représente le premier terme : être à bord. Voilà qui explique pourquoi nous pensons que rien n'existe, hormis le vaisseau. Cependant, le vaisseau est loin d'être tout. Il existe des endroits immenses, innombrables, qui ne sont pas le vaisseau... Je le sais parce que j'ai vu des documents qui nous viennent des Géants. Ce sont des Géants qui ont construit le vaisseau. Et ils l'ont construit dans un but précis qui, pour le moment, nous échappe.
Leur équipée les confrontera aux déshérités survivant en petits groupes ainsi qu'à quelques mutants avant d'être confrontés à de plus grands mystères : des géants qui apparaissent et disparaissent, des rats intelligents, puis de la très puissante tribu de l'Avant quelque peu paranoïaque...
De révélation en désillusion, Roy à la mentalité assez basique va se magnifier tandis que les évènements autour de lui vont se précipiter et que les divers voiles le séparant de la vérité vont se lever.
Ecrit en 1958 ce roman n'a pas pris une ride et m'a bien plus captivé que la trilogie d'Helliconia. Le traitement est exemplaire, le récit bien mené et les révélations faites aux personnages sont écrasantes. La galerie de ces derniers est assez variée et haute en couleur, de même que leurs réactions aux évènements. A noter que le même thème a été exploité un peu plus tard par Robert Heinlein dans Les Orphelins du Ciel (Histoire du Futur IV), de manière plus académique et moins poignante mais tout aussi prenante. Personnellement j'ai préféré l'approche d'Aldiss moins prévisible, plus apocalyptique et moins pessimiste. Tout cela fait de Croisière sans escale un classique incontournable.
Il m'a donné envie de le lire : Naufragés Volontaires


Anthologie de fantasy, de 1999, présentant quelques auteurs français, Légendaire s'avère une bonne surprise malgré quelques fausses notes.
Songe Ophidien de Mathieu Gaborit ouvre le recueil, autant j'ai bien aimé l'auteur pour ses Crépusculaires autant sa nouvelle tombe quelque peu à plat. En effet, elle prend place dans l'univers d'Agone et présente les déboires d'une jeune méduse dont les serpents meurent. Assez plaisante sans être particulièrement prenante, le récit s'effondre sur une conclusion très maladroite et expédiée liant la jeune méduse à un personnage secondaire d'Agone.
Oh et un dernier détail : le monde des rêves n'est pas éternel. Pour tout vous dire, il appert même qu'il se prépare, au moment qui nous intéresse, à vivre ses ultimes instants. Personne ici ne veut encore y croire. Des oracles l'annoncent, certes, des textes anciens le prédisent, et notre bonne ville de Londres comme à s'agiter, d'autant que la Reine a été enlevée, mais lorsque le Songe est votre seule réalité, la fin du monde même a les apparences d'un rêve, et peut-on vraiment s'inquiéter de la naissance d'un rêve ?
Forgiven de Fabrice Colin, nous plonge dans un reflet onirique de Londres au XIXeme siècle. Un vieillard et un adolescent tourne autour de la même prostituée alors que le songe semble devoir s'arrêter. Quelque part entre rêve et cauchemar, entre Peter Pan et Hyde, une nouvelle folle et prenante. Très agréable à lire, sans doute un des meilleurs textes de l'anthologie.
Avec Novinia, Laurent Genefort signe un texte qui rappelle les mésaventures du Cugel de Jack Vance. Alaet sauve une sorcière crucifiée et jetée dans un cours d'eau, pas totalement désintéressé il tente d'obtenir des concessions en échange. La vengeance de la sorcière sera cruelle et Alaet devra faire preuve de beaucoup d'ingéniosité et de persévérance pour se sortir de ce mauvais pas. Très sympathique et rafraichissant.
Contre-Magie de Nathalie Dau, un couple errant se trouve au prise avec la malédiction qui pèse sur une auberge. L'univers dépeint est original et la nature de la malédiction bien mise en scène. De la fantasy élégante et légère, encore un texte agréable.
Le style de Bien-être, Travail envié, d'Erik Wietzel est impeccable mais le sujet l'est moins dans son traitement. Sous couvert de conflit médiéval fantastique, un parallèle est tracé avec la Shoah et la Seconde Guerre Mondiale, le calque est posé de manière maladroite et je suis rapidement sortie du récit tant la solution d'extermination est crétine. Le point d'orgue en la matière étant l'apparition du dragon - crématoire...
Elfine de Pierre Grimbert souffre du même problème que le texte de Gaborit, on met en avant un détail d'un univers existant, ici celui de la Malerune, avec une nouvelle qui ne présente pas grand intérêt en elle-même.
Le manque d'inspiration est flagrant.
La nuit des Labyrinthes de David Calvo est une enquête nocturne déjantée dans le Marseille du XIXeme. Un texte quelque peu surréaliste qui finit toutefois par retomber sur ses pattes. Je ne me suis pas ennuyer en le lisant, il m'a bien marqué mais je reste incapable de dire si j'ai aimé.
Isabelle Collet m'a agréablement surpris avec Yèrne, gardant un souvenir mitigé des romans tirés du jeu de rôle Néphilim, Le chant de la terre. La nouvelle commence tambour battant avant de présenter la lutte entre deux êtres pouvant se projeter à travers les siècles. De simple émulation, le conflit a tourné à l'affrontement à mort. Efficace et varié, un très bon moment.
Il erra dans les jardins, ne sachant plus quoi penser au sujet de cet endroit. Le spectacle auquel il avait insisté avait laissé en lui un désir violent et un peu malsain. Il avait envie de drogue ou d'alcool, et surtout d'une femme qui se plierait à sa volonté sans rien dire.
Mademoiselle Belle de Laurent Kloetzer constituait la principale raison à l'achat de cette anthologie, l'auteur ayant déjà mis en ligne sa lecture des trois premiers quarts de cette nouvelle. Le podcast m'a séduit et donné envie de connaître la fin au plus vite...
On retrouve Jaël de Kherdan invité à une fête au sein des jardins d'un somptueux château provincial. L'énigmatique auteur de l'invitation demeure introuvable et les jeux deviennent de plus en plus malsain et pervers au fur et à mesure que la soirée avance. Un texte qui se suffit à lui même, même si l'avancée de la soirée n'est pas sans rappeler les ambiances de la Petite Dvern. Prenant et bien mené, un des meilleurs textes du recueil.
Pour une poignée de cailloux de Roland C. Wagner est un conte avec inversion des codes propres à la fantasy. Très court et amusant, un bon moment.
Contre la fatalité de Magali Segura est un excellent texte en deux temps. Un mercenaire est pris dans les rets d'une créature légendaire et conduit à vivre deux fois la même semaine. Un texte prenant et poignant au fur et à mesure que le principal protagoniste s'humanise quelque peu. Bien mené jusqu'à son superbe dénouement, la nouvelle tranche complètement avec les poncifs du genre, en complète opposition avec mes dernières lectures de Gemmell, un excellent moment qui rejoint le panthéon de cette anthologie avec les nouvelles de Laurent Kloetzer et Fabrice Colin.
J'ai effectué quelques recherches sur l'auteur mais je ne suis pas sûr que sa trilogie chez Bragelonne soit dans la même veine, si quelqu'un peut m'apporter des précisions à ce sujet...
Pas mal de bonnes surprises dans cette anthologie découverte avec une décennie de retard... Par contre j'ai été assez surpris de voir le nombre d'auteurs qui ont disparus du paysage...

Dans un autre monde, le dieu local, un chêne, était dépourvu de toute imagination. Il fit appel à un magicien, le chêne donnerait corps et vie aux rêve de l'humain... Dans le monde du chêne, animaux intelligents et transparents (des quasi humains) prospèrent jusqu'à ce qu'un scandale éclate du fait de l'amour entre un furet et une transparente... Les animaux manipulés exigèrent des représailles et l'exil des communautés incriminées ! Le chêne obtempéra pour préserver l'équilibre de son monde mais exigea que les animaux restant renoncent à la parole. Manipulés et poussés par la haine, ils acceptèrent, déclinèrent puis disparurent... Déserté, l'équilibre du royaume du chêne ne reposait plus que sur les exilés...
Andréa et son serviteur Elwood sont deux furets très aventureux, une expérience de vol raté les conduit sur un ilot isolé où cohabitent une autre communauté de furets et les derniers transparents. Parmi eux, le mystérieux Théo et la révoltée Orane. Les tensions sont à leurs combles entre les deux communautés et Andréa empêchera un génocide passif. Il conduira les deux communautés vers sa propre famille... Théo disparaitra après avoir confié une mission à Orane. 
La réunion des deux communautés de furets ne fera qu'exacerbé la haine contre les transparents, alors que dans son monde le chêne a commencé une lente agonie. Affaiblit il ne peut plus retenir en son sein, la progéniture du furet et de la transparente, les jumeaux hybrides Meth et Yz sont lâchés. Influencés par la haine qui secoue les deux communautés, ils l'exacerbent pour réaliser leurs propres envies de vengeance.
De sa cachette, Théo ouvre les portes entre les deux mondes permettant aux transparents et à leur poignée d'amis d'échapper aux lames des furets. Mais son action ne semble pas dénuée d'arrière pensée et permet aussi aux jumeaux de gagner le monde des humains.
Les évènements se précipiteront et tandis que les derniers gardiens du royaume du chêne s'éveilleront, les protagonistes devront agir pour contrer les différentes factions nihilistes.
Conte crépusculaire, Les lumières de l'Amalou démarre lentement et semble au premier abord assez léger. Au fil des pages, l'ambiance change, s'assombrissant au fur et à mesure que les tenants et aboutissants de l'intrigue sont dévoilés. Nombre de personnages sont assez ambigües et les retournements de situation nombreux. Une histoire peu manichéenne, un univers très original avec quelques trouvailles sympathiques, une lecture agréable.

Sur la planète Perdide, un colon, Claude tente d'échapper avec son fils aux frelons géants qui infestent la planète à cette époque. Se sachant condamner; il réussit à éloigner son fils en lieu sûr et d'envoyer un message avec un émetteur subspatial (une forme expérimentale de l'ansible d'Ursula Le Guin) à Max, un aventurier de ses amis.
Quand Max reçoit le message, il est encombré d'un couple d'aristocrate déchue en fuite. Si Belle ne pose pas de problème à l'idée de foncer à travers l'espace toutes affaires cessantes pour sauver l'enfant, son époux Martin ne vois pas les choses d'un bon oeil. Quoi qu'il en soit Max est seul maître à bord, il impose sa volonté et récupère en passant Silbad, un ami connaissant bien Perdide. La situation est tendue car l'émetteur est leur seul moyen de contacter Claudi qui n'a que quatre ans et le voyage pour le rejoindre durera bien trois mois.
- Et les frelons ?
- J'y viens, ma jolie, j'y viens. Tous les ans : frelons ! Vous n'avez rien vu de pareil. Ils raclent tout jusqu'à l'os. Vous pensiez faire fortune en six ans, crac ! Tout est à recommencer. Vous n'avez pas le temps de défendre vos stocks, c'est tout juste si vous pouvez vous défendre vous-même. Pendant la moitié de l'année, vous montez la garde et luttez contre cette vermine qui fait des trous dans vos murs.
Le voyage ne sera pas de tout repos, Martin se révélant une belle ordure égoïste et inconsciente. L'occasion de fournir quelques aventures très enlevé sur une escale aride et désolée.
Le mulâtre avait agi sans réfléchir et il ne savait plus maintenant s'il cherchait Martin pour le tuer de sa main ou bien lui cracher en face qu'il en avait pour quelques heures à crever de soif avant de se dessécher sur place. C'était une question de dernier mot. Il ignorait si le rouquin cherchait délibérément la mort ou se montrait assez fou pour tenter une chance dans ces conditions. Mais il lui était surtout intolérable que l'agression de Silbad demeure impunie.
Par la suite tout se précipite quand ils perdent le contact avec Perdide. Plus de nouvelles de Claudi alors que de nombreux jours les séparent encore de Perdide !
Il regarda le micro. Il imaginait l'autre, celui de Perdide...Il le voyait perdu au creux d'un buisson, solitaire et reflétant tragiquement les lueurs de fruits-lampions, tandis que l'enfant égaré l'appelait en vain à des lieues de l'endroit où il l'avait lâché.
Magnifique roman court, très poignant. La charge dramatique est remarquablement mise ne place graduellement, de même que le dénouement très malin. Une excellente surprise et sans doute un des meilleurs romans de Stefan Wul (ceci dit je n'en ai lu que trois).
Cette version présentant en couverture l'adaption réalisée par Laloux et Moebius, je ne peux qu'en dire du bien. Un film qui m'avait marqué gamin et qui m'a très agréablement surpris en le revoyant il y a quelques années. Si la trame est globalement la même, Laloux a introduit dans son film de nouveaux personnages et remanié l'épisode des pirates, le dénouement ne repose pas sur les même ressorts mais arrive au même résultat. Un beau film qui coexiste très bien avec le roman.


But Stark remembered how months before, he and Ashton had set out together from the Citadel, far in the bitter north, two men alone on a hostile planet. Then, they had weapons and supplies, and beasts of burdent - and they had the Northhounds.
Now they were destitute, and all the labors of that earlier journey had been brought to nothing by the treachery of one man.
Stark's bitterness was not alleviated by the knowledge that he himself had made arrangements with Penkawr-Che.
Le contrebandier Penkawr-Che a qui Stark avait confié les représentants des communautés candidates à l'exode n'a pas tenu ses engagements. Au lieu d'emmener les émissaires plaidés leur cause à Pax, il s'est contenté de les ramener à leur point de départ respectif et d'exiger une copieuse rançon en échange de leur vie. Stark a du se livrer, Ashton faisant partie des otages... Le contrebandier ayant besoin des connaissances que Stark a acquises au cours de ses voyages dans le nord pour réaliser un pillage d'antiquité très fructueux.
Stark et Ashton réussiront à s'échapper mais pour se retrouver dans une contrée sauvage et hostile, loin de leurs alliés eux mêmes éparpillés ou considérablement refroidit quant à leur engagement dans cette aventure.
So they moved into strange waters, under strange skies, as foreign to these northern folk of Skaith as to the off-worlders.
They moved as Old Sun moved, with the winter at their backs, toward the austral spring.
But there was no spring.
L'extra lucide Gerrith (représentée sur chaque couverture) prend la direction des opérations pour retrouver les deux étrangers et poursuivre la lutte. Combat d'autant plus difficile à mener que le refroidissement de la planète s'accentue.
Alderyk, who had turned broody and ill-tempered as a falcon in moult, was as impatient as the Islanders.
"My people are somewhere on this road. It was a mad dream that made me leave them."
"You came to control the whirlwind," Stark said, "so that it should not do too great damage to your world. Remember ?"
"A fool's reason. I was led by my own desire to see more of that world.
The Place of Winds was a prison. Now that my people have been forced to
leave it, it seems incalculably beautiful and precious."
"The Goddess has claimed it. You can never go back."
"And where shall we go, Dark Man ? Where shall we find another home ?"
"If a ship comes, as Gerrith promised .."
"I am weary of this talk of ships."
Alderyk's wings spread and snapped shut again with a vicious crack. Dust sprang up from the road in a whirling cloud.
Halk laughed. "Were are all weary of your ships, Dark Man, and of
Gerrith's prophecies. We can trust to nothing now but our own strong
hands." The hilt of the great sword glittered in the sun above his left
shoulder. He said softly to Stark,"I have not forgotten my pledge to
you."
"Nor have I," Stark answered angrily. "How is it that a child can grow so tall?"
Ce dernier tome des aventures de Stark sur Skaith est une très grande réussite. L'ambiance lourde est bien mise en place au fur et à mesure que l'agonie de la planète devient évidente pour tous. Leigh Brackett en profite d'ailleurs pour faire un tour d'horizon des communautés rencontrées et mettre en scène leur destin. L'occasion de prendre des nouvelles de personnages secondaires dont on avait plus entendu parlé. Les rebondissements sont toujours aussi nombreux et si Stark prend conscience qu'il ne comprend pas les mentalités locales, les autochtones découvriront la sauvagerie que le héros réprimait jusque là.
Le final est la hauteur des espérances, loin de tout manichéisme. Un roman qui n'a pas pris une ride et conclut de manière très satisfaisante cette grande aventure. Un très bon moment.


Mankovicz haussa les épaules. Les évènements avaient une fâcheuse tendance à se précipiter. Il percevait confusément l'existence d'une sorte de noeud, au centre duquel se trouvait la T.T.O. Ou, plutôt, d'un serpent lové autour de la société qui commençait à refermer ses anneaux - un long, très long serpent d'angoisse...
Une autre Amérique des années 80. Les tensions sociales, ethniques sont à leurs combles, des enclaves ont proclamées leur indépendance et le pouvoir central qui a tout misé sur le nucléaire n'a pas les moyens de mater les rebelles aussi énergiquement qu'il le souhaiterait...
Au sein de cette société inégalitaire, la T.T.O. fait le commerce du semen of gods, une drogue qui booste les pouvoirs des télépathes et surtout permet aux communs des mortels d'accéder à l'univers de la psychosphère ou les mutants peuvent modeler des univers de poche selon les désirs des clients. Clients que l'on retrouve naturellement que parmi les mieux nantis.
Tout dérape quand un mystérieux télépathe sauvage, entendre non utilisateur de semen of gods, s'infiltre dans la psychosphère et y sème le chaos à un rythme de plus en plus effréné alors que la situation explose dans le monde réel : les insurrections se déclenchant en cascade.
Une voix mentale avait effleuré mon esprit. Je tentai de la situer. Une tâche difficile : la psychosphère était la proie d'un bouleversement accéléré. Des flaques de lumière - séquences télépathiques à la dérive ? - troublant les ténèbres ; à leur périphérie étincelait, ardente, la haine.
L'Amérique rêvait. Mais son rêve tournait au cauchemar.
Présentation de la psychosphère, repaire des archétypes, l'influence qu'elle subit de l'inconscient collectif : l'évocation est limpide. Le Serpent d'Angoisse fait figure de prélude à la Grande Terreur, l'évènement fondateur de l'univers de Roland C. Wagner, il permet de mieux appréhender les Futurs Mystères de Paris.
En ce qui me concerne, il a aussi comblé la frustration qui tournait autour des multiples évocations de la Grande Terreur, il est très probable que je revienne sur les Futurs Mystères de Paris.

Ferdias said, "We have listened to you for many months, Ashton. Our opinions have not been altered, not even by the fall of the Citadel." His gaze dwelt again on Stark, and the hounds muttered and whined and were restless. "You hope to destroy us by revealing to the world that we are not immortals but only men, only Wandsmen grown older. Perhaps this may come about. It has not happened yet. The Harsenyi nomads will carry the tale of the Citadel's fall in their wanderings, but it will be a long time in the telling. No doubt you sent messengers of your own, or tried to, to take word swiftly to Irnan. Messengers can be intercepted. Irnan is under siege. We hold all the Fertile Belt. We hold Skeg, your only hope of escape, and the starport is under guard at all times - you can hardly hope to reach it without being captured. And Skaith herself is your enemy. She is a cruel mother, but she is ours, and we know her. You do not."
Stark a survécu aux traquenards qui l'attendaient, libéré Ashton et remporté une victoire symbolique contre les Seigneurs Protecteurs... Malheureusement ses premiers alliés sont toujours prisonniers et condamnés à mort, sans compter que toute la zone tropicale les sépare de l'astroport, menacé à terme. La poignée de molosse télépathe ne sera pas suffisante pour accomplir ce périple et ouvrir la voie vers les étoiles...
Stark va devoir se trouver des alliés dans la zone désertique et s'opposer aux forces des Seigneurs Protecteurs. Un conflit à un contre dix où sa fureur primitive, en tant que N'Chaka, l'orphelin de Mercure, ne suffit plus. Un guerre où les molosses ne seront plus une carte maîtresse du fait de leur répugnance à s'en prendre à leurs anciens maîtres, désormais en première ligne.
Jofr was quiet, glancing frequently at Stark with a certain pointed hopefulness.
Old Sun watched Stark, too, a dull eye full of senile malice. I'm none of yours, Stark thought, and you know it, and you're thinking of the Springfire, like the boy. He laughed at his own fancy. But the primitive N'Chaka did not laugh. The primitive N'Chaka shuvered and was cold, smelling danger in the dim air.
The primitive N'Chaka did not place much faith in visions.
Le récit est beaucoup plus dynamique dans ce second tome, Stark est désormais pleinement actif, poussé par l'urgence... Quoi qu'il en soit, il trouvera des alliés, modelés par les conditions de la planètes : cruels et implacables. Alors que The Ginger Star avait une structure un peu répétitive dans sa succession de trahison et de capture, The Hounds of Skaith est très prenant, l'aventure étant menée tambour battant. Chaque victoire est chèrement acquise et les hordes cannibales issues du désert ou la foule de lyncheurs donnent lieu à des images puissantes. Le style de Leigh Brackett est très fluide et agréable, certaines images, évoquées dans la préface, sont très bien vues. Son univers est parfaitement maîtrisé, on sens en permanence l'ombre déchue d'une époque technologiquement glorieuse. Tandis que la présence des vaisseaux spatiaux à Skeg est une obsession tant pour les héros que leurs antagonistes. Une excellente épopée.


Au loin, les masses grises des casinos abandonnés, colosses séniles répudiés par les hommes. Et, au dessus des palmiers lépreux, un type illuminé de néon bleu, qui pendait à un lampadaire, dix mètres au dessus du périphérique. Le chauffeur coupa la radio et sortit pour l'observer. Il le regarda en se grattant le menton, puis baissa les yeux, essayant de déchiffrer les ombres encaissées au bitume par le cadavre qui pendulait dans le vent, sans y parvenir.
Les auteurs de Yama Loka Terminus récidivent, sans toutefois s'attacher à Yirminadingrad, y passant fugitivement parfois. Bien que les lieux et les époques changent, on y retrouve des ambiances similaires, le tout à un arrière goût de folie, notamment le retour à Bara Yogoï, déjà évoqué dans Yama Loka Terminus si je ne me trompe pas, avec L'atmosphère asphyxiante dans laquelle nous vivons sans échappée possible.
Chaque nouvelle est accompagnée d'une illustration contribuant à l'ambiance sombre. Bien que l'ensemble du recueil m'ai plu, trois nouvelles m'ont particulièrement marqués sur les sept proposées :
- Playlist\shuffle : le trajet d'un chauffeur de taxi pour une course solitaire et ses réminiscences.
- A propos d'un épisode méconnu des guerres coloniales motherlando-mycroniennes : un enfant d'une tribu indépendante vivant dans des montagnes désertiques est entrainé dans une traque qui ne le concerne pas par un très étrange personnage.
- Délivrances : récit fantastique post apocalyptique porteur d'espoir sur la fatalité et les traditions.
Un petit recueil toujours quelque part entre Dick et Ballard, un voyage étrange. Il faudra que je le relise, rien que le feuilletant des passages qui me semblaient obscurs hier s'éclaircissent. Une très bonne surprise.