Après le marathon « Strougatski » du mois dernier, reprenons notre souffle avec un film, un coproduction polono-soviétique de 1979, Le Test du pilote Pirx (Test pilota Pirxa, en russe Дознание пилота ПиркÑа), de Marek Piestrak, adapté d'un récit de Stanislaw Lem, « Le Test ».
Coproduit donc par le studio estonien Tallinfilm et son homologue polonais Zespol Filmowy, Le Test du pilote Pirx se veut une superproduction, une sorte de film de Science Fiction complet, rassemblant espionnage, aventure spatiale, cybernétique, et même métaphysique. Dans un avenir proche, l'idée est lancée d'envoyer une expédition vers Saturne, dans un vaisseau dont l'équipage serait constitué pour moitié d'androïdes qu'on ne peut officiellement pas distinguer des humains sans les ouvrir. Les débats sont d'abord houleux, sur le choix du capitaine, sachant que celui-ci ne sera pas mis au courant de qui, à bord, est humain et qui ne l'est pas. Il faudra donc quelqu'un aux nerfs particulièrement solide, d'autant plus que les androïdes sont encore en phase de test, et qu'il est possible que l'un d'eux puisse se détraquer.

L'action du film se débutant aux USA, on aura hélas le droit au poncif anticapitaliste, à savoir que les sociétés chargés de l'organisation de l'expédition s'opposent sur le choix du capitaine, et que cette opposition va se manifester en véritable lutte digne d'un James Bond, avec filature, course poursuite en voiture, des scènes bien faites, mais qui finalement tombent mal à propos et ne servent en rien l'objet du film.

Il faut donc passer un bon quart du temps avant d'atteindre enfin la séquence d'envol. Et la première chose qui saute aux yeux, sans doute est-ce dû à la partie polonaise de la production, c'est qu'on est loin du luxe relatif qu'on trouve régulièrement dans les vaisseaux soviétiques. Ici, tout est gris, marron, terne, bref, militaire.

On regrettera malheureusement qu'une fois encore, malgré une réalisation soignée, les effets spéciaux sont loin d'être toujours à la hauteur : les vaisseaux ont encore trop souvent l'aspect de boîtes de conserve avec un bec bunsen collé au derrière.

Mais venons-en donc au propos du film. L'ambiance est, comme il se doit, lourde à souhait. Nul ne sait qui est qui, et alors même qu'il ne se pose aucun problème, tous, les uns après les autres, vont chercher à discuter avec le capitaine. On ira ainsi du simple délateur (« je pense que 'machin' est un robot ») à l'androïde qui, de lui-même, va avouer sa condition, tout en se livrant à une véritable confession sur ses espoirs, ses convictions personnelles. Et c'est là qu'on touche au vif du sujet. Les androïdes, physiquement supérieurs à l'homme, ont atteint le stade de la conscience. Et donc obligatoirement, l'un d'eux, anonymement, va chercher à montrer sa supériorité sur son créateur.
Ces idées peuvent sembler galvaudées de nos jours, mais il faut se souvenir que ce film est sorti en 1979, avant Blade Runner de Ridley Scott, avant la série des Ghost in the Shell de Mamoru Oshii. Et on remarquera d'ailleurs que l'androïde « défectueux » se fait arracher les mains en cherchant à se retenir à un engin lors d'une violente phase d'accélération.

Cet arrachage de mains, plutôt symbolique, est précisément ce qui arrive à Motoko Kusanagi lorsqu'elle cherche à ouvrir le tank dans Ghost in the Shell I, et le motif sera répété dans Ghost in the Shell II. Est-ce finalement un hasard si plus tard, Oshii, qu'on sait doté d'une grande culture cinématographique, a tourné Avalon en Pologne ?

Film très inégal, Le Test du pilote Pirx contient finalement un assez grand nombre de bonnes idées, suffisamment pour être encore visible de nos jours. Il est actuellement disponible en russe, en DVD, dans la collection « Tallinfilm » de chez Ruscico, hélas sans aucun sous-titres. On trouve toutefois aisément des sous-titres anglais sur internet.
NB : pour les amateurs, la musique est signée Arvo Pärt.