planete SF Planet regroupant les sites Francophones sur la Science Fiction et la fantasy http://planete-sf.org 2010-09-06 14:49:29Z Noz Of BiblioMan(u) : may le monde / Michel Jeuryhttp://bibliomanu.blogspot.com/2010/09/may-le-monde-michel-jeury.html2010-09-06T09:49:00+00:002010-09-06T09:49:00+00:00BiblioMan(u)J’ai immédiatement répondu un oui de principe à la proposition de Biblioman(u) d’écrire ici, à l’occasion, quand le cœur m’en dirait. J’y avais pensé de mon côté. Puis, je crains de le dire, j’ai un peu dit non. Je lis beaucoup, ce qui ne signifie pas grand chose quant à la capacité de mes lectures. Particulièrement s’agissant de SF : je suis un dévoreur de mondes. Je crois sincèrement qu’alors je lis pour oublier. Un roman de SF est une branche d’où ululer dans mon coin à la lune. Je ne suis pas un lecteur éclairé de SF, je suis une sorte de taupe, j’y creuse mes obscurités. Entendons-nous : rien de plus facile que l’obscurité ; c’est la lumière qui est complexe. Je lis comme un ogre, un rien me guide vers mes cavernes aveugles – devine et songe. Ce qui à mes yeux me disqualifie complètement en tant qu’exégète. Je ne compte plus les chiteries que j’ai lues, soyons franc, aussi. Il me paraitrait fort peu élégant de commenter ces mésamours passagères ; on se trompe souvent quand on n’aime pas inconditionnellement. J’avais d’abord dit oui puis j’avais reculé. Ce n’est pas rare dans mon cas. Le ventre plus gros que les yeux. Je préférais me taire. J’avais connu certains petits mondo paradisio tout au long de l’été mais j’avais manqué de coup de foudre. On ne le dit pas assez : il arrive souvent que le plus gros travail soit celui du lecteur… Difficile toutefois de résister n’est-ce pas à un super héraut. D’autant qu’il est patient, attentif et toujours prêt à vous faire découvrir un nouveau livre, c’est-à-dire vous-même, cet autre ; sa sélection se fait de plus en plus serrée, il a ajusté ses antennes, il vous empathe pour finir tout entier ; à la fin de l’envoi il touche.

Animé d’une grande gaité de cœur, après que Livre-Homme-(Main), héraut aux supers pouvoirs, me l’a si justement et amicalement proposé à la lecture, je viens donc vous parler, à ma façon (désolé le cas échéant) de may le monde, de Michel Jeury, qui sort aujourd’hui, le zéro six zéro neuf deux zéro un zéro, en France, un peu partout. N’oubliez pas cette combinaison, elle pourrait bien vous ouvrir l’insoupçonné de votre propre monde.

M’est avis qu’existent autant de lectures d’un seul livre qu’il y aurait de mondes parallèles. Non. Qu’il y a de mondes parallèles. A la physique propre, la même une autre. Par exemple l'œuf monde Grandora où s’échangent des rires air-eau, tout gloutants. Où les apprentis-vivants nagent-volent à la rencontre du Mal, la foire aux proies. Les mondes 1 et 2 et celui de la lunatic fringe, marge et théâtre, hors du temps… Ces mondes ont l’air inventé, ce pourrait être ceux des rêves, dont on sait formellement qu’ils sont réels. Je vous les laisse découvrir par vous-même de la façon qu’il vous plaira. La particularité des parallèles est qu’elles ne se croisent pas. On passe de l’une à l’autre en sautant. Sautons à une autre lecture, voulez-vous ?

may le monde à n’en pas douter est un livre de SF. Il est une œuvre d’anticipation. Sa langue est déjà la nôtre, celle de nos enfants, de nos petits enfants, qui sait ? On pourrait la croire décalée, elle est logiquement (et joyeusement) futuriste. C’est dire si elle est attentive, ici et maintenant, à ce qui se dit dans le monde bonobo et alentour. Je ne vais pas vous la faire bonzarchic, voyez par vous-même.

may le monde à n’en pas douter est un livre de SF. Il est une œuvre d’imagination. De toute évidence ses personnages sont tous vrais, ils sont attachants, on les aime aussitôt. Pour autant ils changent d’identité tout le temps, font des sauts de côté, se forment puis se déforment dans un miroitement infini, de monde en monde. Changer/ ne pas est la grande affaire humaine, vous n’êtes pas d’accord ? Nous sommes ici en plein tourbillon. Qui est qui, on ne sait plus qui l’on suit. Filez les personnages, vous comprendrez.

may le monde à n’en pas douter est un livre de SF. Il est une œuvre d’idées. Sur le(s) monde(s), l’humanité, la vie et la mort, les êtres, tous les êtres, homme femme enfant, plantes et bêtes. Il est une œuvre de forêt, de foisonnement, d’ensemencement.

may le monde à n’en pas douter est une œuvre de Science-Fiction. Un auteur, Michel Jeury, y joue de tout son savoir, qui n’est pas mince, pour vous transporter de l’intérieur de votre quotidien vers la fiction. Rien ici n’est bizarre mais tout est étrange. Il tient du Docteur Goldberg autant que de Panthéra la panthère.

Autant de lectures que de mondes parallèles. Il y aurait tant et tant à dire. Lisez, à vous de jouer, à vous de sauter. Dans may le monde, bien sûr, il y a may. Comme joli mois de. Comme peut-être. Peut être, je devrais dire. Une fillette charmante, vivante à un point. C’est une autre lecture ici tout à coup, faite par un homme à une fillette malade, délicatement, chaleureusement, une lecture de chevet, un souffle dans la nuit, un espoir et une élévation, un calme et une rage, une réinvention… Et vice et versa.
On nous dit que Michel Jeury, auteur prolixe, fait retour à la Science-Fiction. Il me semble moi bien plutôt qu’il ouvre des perspectives le long desquelles j’espère me laisser changer à nouveau. Le plus tôt sera le mieux.

Merci aux éditions Robert Laffont et à Blog-O-Book pour cette lecture.




may le monde, Michel Jeury, éditions Robert Laffont (Ailleurs et demain), 403 p.

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Gromovar : Bon ben, prix Hugo 2010 alors, comme tout le mondehttp://quoideneufsurmapile.blogspot.com/2010/09/bon-ben-prix-hugo-2010-alors-comme-tout.html2010-09-06T07:34:00+00:002010-09-06T07:34:00+00:00Gromovar
Best Novel: "The City & The City", China Miéville (Del Rey; Macmillan UK) ET "The Windup Girl", Paolo Bacigalupi (Night Shade)

Best Novella: “Palimpsest”, Charles Stross (Wireless; Ace, Orbit)

Best Novelette: “The Island”, Peter Watts (The New Space Opera 2; Eos)

Best Short Story: “Bridesicle”, Will McIntosh (Asimov’s 1/09)

Best Related Book: This is Me, Jack Vance! (Or, More Properly, This is “I”), Jack Vance (Subterranean)

Best Graphic Story: Girl Genius, Volume 9: Agatha Heterodyne and the Heirs of the Storm Written by Kaja and Phil Foglio; Art by Phil Foglio; Colours by Cheyenne Wright (Airship Entertainment)

Best Dramatic Presentation, Long Form: "Moon" Screenplay by Nathan Parker; Story by Duncan Jones; Directed by Duncan Jones (Liberty Films)

Best Dramatic Presentation, Short Form: Doctor Who: “The Waters of Mars” Written by Russell T Davies & Phil Ford; Directed by Graeme Harper (BBC Wales)

Best Editor Long Form: Patrick Nielsen Hayden

Best Editor Short Form: Ellen Datlow

Best Professional Artist: Shaun Tan

Best Semiprozine: Clarkesworld edited by Neil Clarke, Sean Wallace, & Cheryl Morgan

Best Fan Writer: Frederik Pohl

Best Fanzine: StarShipSofa edited by Tony C. Smith

Best Fan Artist: Brad W. Foster

And the John W. Campbell Award for Best New Writer (presented by Dell Magazines): Seanan McGuire

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Quadrant Alpha : La voie du sabre, Thomas Dayhttp://quadrant-alpha.blogspot.com/2010/09/la-voie-du-sabre-thomas-day.html2010-09-06T07:00:00+00:002010-09-06T07:00:00+00:00Quadrant AlphaQuatrième de Couverture

Pour parfaire l'éducation de son fils Mikédi, le chef de guerre Nakamura Ito le confie à un rônin du nom de Miyamoto Musashi. Un samouraï de légende, le plus grand maître de sabre qu'ait connu l'Empire des quatre Poissons-Chats. Ensemble, pendant six longues aimées, le maître et l'apprenti vont arpenter la route qui mène jusqu'à la capitale Edo, où l'Impératrice-Dragon attend Mikédi pour en faire son époux.

Mais la Voie du Sabre est loin de trancher l'archipel en lime droite : de la forteresse Nakamura aux cités flottantes de Kido, du Palais des Saveurs à la Pagode des Plaisirs, Mikédi apprendra les délices de la jouissance, les souffrances du combat, et la douceur perverse de la trahison.






Auteur : Thomas Day
Edition :
Folio, Collection : SF
Série : La voie du sabre 1/2
Parution : 10/2002, Pages : 294, Prix Indicatif : 5,50 €, ISBN : 9782070420483



Présentation
Amateur du Japon contemporain mais aussi du Japon historique et de Chanbara, cet ouvrage m'a permis de faire coup double en profitant pleinement de cette ambiance et de découvrir par son intermédiaire un auteur de SFFF Français que je n'avais pas encore abordé.

Semblant maitrisé son sujet, Thomas Day nous offre ici une vision romancée de l'illustre Miyamoto Musashi par les yeux de son élève Mikèdi. Dans un récit fantastique ou l'Empire des quatre Poissons-Chats se substitue avec talent et naturel au Pays de l'Empire du Soleil Levant, cette fresque initiatique d'un jeune homme héritier d'un Daimyo à qui son maître va tenter de faire entrevoir la voie du sabre. L'Empire des quatre Poissons-Chats est un Japon "Fantaisiste" (dans le bon sens du terme), ou les dragons et la magie existent bel et bien, mais qui ressemble sur bien d'autres points à s'y méprendre au Japon historique. Cet ouvrage composé de trois rouleaux est la transposition d'une nouvelle (constituant le premier rouleau) parue préalablement au sein de l'anthologie "Fées & Gestes".

La longue quête de Musashi pour retrouver le Wakizashi légendaire de son daisho papillon, va ainsi être remisée au second plan tandis qu'il entame la formation de son jeune élève. C'est ainsi que nous allons voir arpenter la route par un rônin sale et aux manières brusques, accompagnée comme son ombre par un jeune garçon vaniteux, en quête de puissance et de pouvoir. Les étapes de cette formation seront ainsi jalonnées de combats, de morts, de stupre et de plaisirs. Les scènes de batailles font immanquablement penser à certaines scènes épiques de Chanbara ou l'on imagine sans peine les ralentis et les prouesses martiales hors norme des protagonistes. La poésie et les légendes y côtoient la violence brute et l'action de fort belle manière. La véritable personnalité des deux compagnons se faisant un peu plus jour tout au long de ce périple pour parvenir à un dénouement touchant.

Un roman court, trop peut être, qui se veut une brillante évocation et un hommage sincère à une figure légendaire du Japon. Un texte que je vous conseille de découvrir, pour vous plonger le temps de quelques heures délicieuses dans une ambiance dépaysante. L'ouvrage se clos sur un lexique bienvenu pour ceux n'étant pas assez familier avec certains termes Japonais, une bibliographe de référence comportant nombres d'ouvrages des plus intéressant et une vidéographie qui permettra à chacun de replonger dans l'ambiance du Japon médiéval.





Imagine...erre, Welcome to Nebalia,

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Tigger Lilly : Actus de la semaine (11)http://ledragongalactique.blogspot.com/2010/09/actus-de-la-semaine-11.html2010-09-05T22:25:00+00:002010-09-05T22:25:00+00:00Tigger LillyGravatar de Tigger Lilly
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Génération sf : Greg Egan : un moraliste dans l'ère du choix (5)http://generationscience-fiction.hautetfort.com/archive/2008/05/04/greg-egan-un-moraliste-dans-l-ere-du-choix-51.html2010-09-05T11:27:26+00:002010-09-05T11:27:26+00:00Génération sf897053718.jpg    On peut se demander, après ce survol d'une partie de l'œuvre de Greg Egan si, non content de ne pas être un romantique, il n'est pas aussi un pessimiste forcené. Y a-t-il quelque chose à attendre d'un monde d'égoïstes dont on ne peut être sûr q'ils auront assez de jugement moral pour inventer l'humanité sans s'auto-détruire et sans devenir des monstres ? En d'autres termes, si votre père, ou votre voisin, se révèle être Adolf Hitler et qu'il n'y a pas de chevalier armé d'un sabre laser pour le rameber du bon côté de la Fore, qui sauve l'humanité de sa tendance à l'aveuglement et à l'auto-destruction ?

    Dans « La caresse, le policier kidnappé par Lindhquist, le créateur de tableaux vivants, n'a d'autre justification pour l'exercice de son léter que son sens inné de la justice. Harold, le sienifique de « La Cuve », est amoureux. D'un amour non partagé et qui empoisonne ses jours au point qu'il voudrait, à défaut de le comprendre, s'en débarrasser — être libre. Mais « quelque chose dans son génome, ou dans son passé a décaré que cela ne devait pas être. Ou peut-être que le dé quantique a été lancé en sa faveur. Pour cette fois. » Il ne commet pas le crime. De façon inexplicable et irrationnelle, parce qu'il se trouve doté d'un certain sens de la morale et de la justice… mais il aurait pu en être autrement.

1645492002.jpg    La solution se trouve peut-être dans L'Énigme de l'univers, où Andrew North se rend sur une île corallienne artificielle située en plein Pacifique… un territoire créé par un groupe de bioingénieurs anarchistes. Non pas que Greg Egan exprime ouvertement sa sympathie pour les anarchistes… mais c'est le seul système politique qu'il ait jamais pris la peine de décrire un peu en détail. Et quand les problèmes ne peuvent pas être résolus par des héros dans la dimension mythique; il faut bien qu'ils le soient par des humains dans la dimension politique. À moins que ne s'opère, toujours comme dans L'Énigme de l'uinvers, une transformation de l'univers au niveau mathématique, physique et métaphysique. Un aspect de l'œuvre de Greg Egan qui mériterait un article à lui tout seul.

    En attendant, il ne nous reste plus qu'à recommander au lecteur de lire ses textes. Ils expriment, mieux que les navrantes imbécillités de « penseurs » incapables de comprendre la nature de cette étrange époque, ce qu'il en est de la vie à la fin du XXe siècle. 

 

Sylvie Denis

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Gromovar : BOFhttp://quoideneufsurmapile.blogspot.com/2010/09/bof.html2010-09-05T11:07:00+00:002010-09-05T11:07:00+00:00Gromovar

Il y a deux ans, j'avais adoré Eifelheim de Michaël Flynn. Je me suis donc jeté sur "Up Jim River", suite de "The January Dancer" (que je n'avais d'ailleurs pas lu, mais il se disait que ce n'était pas indispensable). Mal m'en a pris.
Chose rarissime, j'ai arrêté la lecture de "Up Jim River" au tiers environ tant je ne supportais plus ce livre. Pourtant, la quête menée par deux personnages intéressants (tout au moins l'un des deux, au syndrome de personnalité multiple induit) aurait du me séduire. Une chasse à l'homme (à la femme en l'occurrence) au travers de la galaxie, de monde en monde, à la recherche d'un agent disparu dans des conditions mystérieuses. Malheureusement, Flynn crée des mondes plus absurdes les uns que les autres (la palme étant détenue par l'empereur de Thistle et sa cour grotesque), et un langage surchargé au point d'en devenir monstrueux et de gêner la lecture (j'avais pourtant survécu au Livre de Dave, ce qui signale que j'ai du courage dans le domaine de l'innovation linguistique). Flynn a sûrement voulu faire baroque, mais n'est pas Stephenson qui veut, et il obtient surtout du boursouflé. Ca rappelle les délires orientalisants du XXVIIème siècle avec Mamamouchis et autres inepties. Dans tout ça peu d'action et de progression pour l'instant, en revanche quantité de longues considérations sans intérêt narratif. On peine sur la langue, et, comme si ce n'était pas suffisant, on s'ennuie. Escalader le "Livre de Dave" conduit à un superbe panorama, escalader "Up Jim River" ne conduit à rien de gratifiant. A éviter.
Up Jim River, Michaël Flynn

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Efelle : Etoiles, Garde-à-vous de Robert A. Heinleinhttp://efelle.canalblog.com/archives/2010/09/05/18982854.html2010-09-05T09:47:00+00:002010-09-05T09:47:00+00:00Efelleimg555

- ... sans coercition, incitation ni promesse d'aucune sorte et après avoir été pleinement averti et éclairé quant aux conséquences de mon serment, je déclare m'engager ce jour au Service de la Fédération Terrienne pour un temps qui ne saurait être inférieur à deux années et qui peut être prolongé au gré des nécessités du Service...

Là, j'ai légèrement tiqué. J'avais toujours considéré que la durée d'engagement était de deux années, sans doute parce qu'il en était ainsi dans l'idée de tous les civils. En fait, nous étions en train de nous engager pour la vie.

Juan Rico est un jeune homme plein d'avenir, du fait de la richesse de ses parents son avenir est tout traçé : université pour intégrer l'entreprise de papa pour prendre, à terme, la relève. Tant pour l'appel de l'aventure et du voyage que par l'influence de ces amis, Johnny décide de s'engager pour le service fédéral qui lui octroiera à sa sortie la pleine citoyenneté... Moins brillant que ces camarades, il est affecté à l'infanterie mobile, des marines équipés d'exosquelettes surarmés...
Pendant sa formation, le conflit latent avec les Punaises éclatent... La carrière de Juan ne fait que commencer.

Bien que le roman démarre par un flashback en pleine action, ce récit initiatique se concentre sur la formation de Juan et la philosophie sous-jacente à ce régime militariste non autoritaire. La citoyenneté n'est en effet accordé qu'aux anciens soldats partant du principe que les seuls acteurs valables du régime sont ceux qui ont eu le courage et la volonté de se dresser pour le défendre. Les civils ne sont pas pour autant sous le joug d'une dictature, seul la justice est expéditive le fouet pour les délits, la corde pour les crimes.

L'armée imaginée par Heinlein est à la fois une utopie et une critique des armées du XXeme siècle, on en recrute que sur la base du volontariat, après un tri impitoyable sur le volet, les démissionnaires sont instantanément rayé des cadres et renvoyés dans leur foyer. Dans ces conditions, la formation est impitoyable, seul 20 % des recrues sont retenues au terme d'une formation où les accidents mortels sont possibles.

Ted avait commis la faute à ne pas commettre. Et c'était vraiment une faute. Nous détestions tous le Régiment (qui l'aimait, au fait ?) mais Ted avait vraiment essayé de toutes ses forces de gagner sa franchise de citoyen. Il avait l'attention de se lancer dans la politique dès son retour à la vie civile. Il nous disait toujours :"Vous verrez... il va y avoir du changement."
Maintenant, il n'avait plus aucune chance de se retrouver jamais derrière un bureau. Mais si cela lui était arrivé à lui, il pouvait en être de même pour moi. Moi aussi je pouvais craquer. Demain, dans une semaine... Et je n'aurais pas le droit de donner ma démission. Et je recevrais autant de coups de fouet que Ted.

Passé ce cap, la survie des soldats devient la principale motivation des officiers, on ne sacrifie personne volontairement, on ne laisse personne derrière dans la mesure du possible... Dans ce régime, nombre de généraux français ayant officié entre 1914 et 1918 aurait été pendu.

Heinlein explore son hypothèse à l'extrême, imaginant une société disciplinée (en opposition au laxisme de l'éducation du XXeme siècle) et une armée totalement utopique. L'argumentation n'exclue toutefois pas une société libérale (au sein US du terme). Le récit fait la part belle à la formation et l'éducation de Juan, individu somme toute assez moyen auquel il est facile de s'attacher. Les scènes d'actions sont rares, pas plus de deux sauf erreur, mais prenantes.

Rien de ce qui a de la valeur n'est gratuit. Même le souffle de la vie, nous ne l'obtenons à notre naissance que par la souffrance et un sursaut d'effort.

Ce court roman d'Heinlein remplit parfaitement son rôle, après un démarrage au coeur de l'action, l'idéologie explorée l'auteur  est lancée violemment à la face du lecteur. Développée et nuancée ensuite, elle ne laisse pas indifférent et remplit son rôle épidermique, à savoir la critique des systèmes politiques actuels. Plus que le panégyrique d'un système disciplinaire et militariste (le point de vue est trop utopique et critique des armées passées pour être crédible), j'y ai vu une critique des failles de nos systèmes politiques. Un roman coup de poing qui ne laisse pas indifférent.

Sur la lancée, j'ai revu le film de Verhoeven, joyeusement subversif et second degré, l'armée utopique ayant disparue au bénéfice d'une critique acerbe des dérives sécuritaires, puis relu l'excellente chronique de Nébal sur le Cafard Cosmique.

L'avis de Traqueur Stellaire.

 

SSW           defi_robert_heinlein_small

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Génération sf : Greg Egan : un moraliste dans l'ère du choix (4)http://generationscience-fiction.hautetfort.com/archive/2008/05/04/greg-egan-un-moraliste-dans-l-ere-du-choix-4.html2010-09-04T09:56:10+00:002010-09-04T09:56:10+00:00Génération sf1833855176.jpg    Cette aspiration à une forme quelconque de libération est illustrée dans « Le Coffre-fort », où un personnage sans nom se réveille chaque matin dans un corps différent. Incapable d'obtenir le moindre contrôle sur les conditions matérielles de son existence, il se contente d'épouser, jour après jour, l'identité de ses hôtes, jusqu'à celui où il découvre comment son esprit a réussi à survivre en empruntant les capacités du cerveau de ses hôtes. Il décide alors de prendre sa vie en main et de s'affirmer en tant que personnalité autonome. On peut difficilement trouver plus bel exemple de ce que Sartre appelle l'exercice de la liberté en situation que cet homme dont la vie est dispersée de manière fractale (de la même façon, soit dit en passant, que les réalités virtuelles de La Cité des permutants) et n'existe, littéralement, que sous forme de statistique de ses passages dans le cerveau de ses hôtes. C'est néanmoins ce personnage encore plus prisonnier des circonstances que le héros d'« Orbites instables » qui décide mlagré tout de survivre, d'exister et d'agir. Comme démonstration de la liberté et de la ténacité humaine, on a rarement fait mieux.
    Cet homme sans nom est d'autant plus remarquable que non seulement il n'est pas devenu fou, mais qu'il se refuse à se suicider : ce serait tuer l'un de ses hôtes, et pour autant que sa vie ait été éloignée de celle du commun des mortels, il semble bien y avoir acquis un certain sens moral, qui l'empêche de commettre un crime. En effet, les personnages de Greg Egan que nous avons rencontrés jusqu'à présent ont parfois pris des décisions discutables — mais elles ne concernaient qu'eux. Que se passe-t-il, dans un monde où aucun dieu ne dispense une morale toute prête et où la science permet de faire à peu près ce que l'on veut, lorsque des êtres qui n'ont de « philosophie » que celle de satisfaire leurs désirs les moins justifiables en ont aussi les moyens ?
348694760.jpg    Dans « Le Tout-p'tit », un homme dont la compagne ne veut pas avoir d'enfant achète un kit qui lui permet de porter un enfant d'ntelligence limitée, et destiné à mourir ver sl'âge de quatre ans. Hélas, le kit est de mauvaise qualité, et l'enfant réussit à parler, ce qu'il n'aurait amais dû être capable de faire. dans « Les Douves » et dans L'Énigme de l'univers, des scientifiques parviennent à créer un ADN différent et un système immunitaire qui lui permet de résister à tous les virus existant sur la planète — et de survivre au cas où le reste de l'humanité succomberait à l'un d'eux. 
    Dans « La Caresse », l'héritier d'un empire pharmaceutique se passionne pour la réalisation de « tableaux vivants », reproductions fidèles d'œuvres d'art. Au nom de sa philosophie de l'art et de la beauté, il crée une chimère homme/léopard et kidnappe un policier à qui il fait subir des opérations de chirurgie eshétique afin qu'il ressemble à l'un des éléments du tableau symboliste qu'il veut reconstituer. Il a, par ailleurs, utilisé le cerveau de son propre fils pour y « réimplanter » sa mémoire. Enfin, le protagoniste du « Coffre-fort » doit sa situation à son père, un chercheur qui a obtenu ce brillant résultat en détruisant, à fin d'expérience sur les capacités du cerveau en cas de dommages, le cerveau de son jeune fils.
    Il n'y a, dans l'univers eganien, que deux grands crimes. le premier consiste à traiter l'homme comme un objet. Autrement dit, à faire ce que font les fascistes de tout poil sur cette terre : nier l'autre dans son humanité, le traiter comme un objet, soit en l'éliminant, soit en l'utilisant. On trouve des exemples de ce type de comportement dans les nouvelles déjà citées, mais aussi parexemple das « La Cave », où le personnage principal travaille dans une usine qui fabrique et utilise des fœtus humains de quelques jours pour en extraire des hormones et autres composés chimiques, ou bien dans « Le réserviste », dont le riche propriétaire entretient un troupeau de clones à l'intelligence volontairement limitée, dans le but de lui servir de banque d'organes vivante — il est alors bon de se souvenir que Greg Egan a écrit des nouvelles d'horreur et que nous devrions remercier David Pringle pour l'avoir poussé dans la direction de la science-fiction.
2123817256.gif    Le second crime c'est le fanatisme, qui résulte le plus souvent de ce que l'auteur semble considérer comme un défaut rédhibitoire chez un être humain : l'incpacité à « voir la réalité telle qu'elle est », cette faculté qu'ont les humains de s'illusionner, que ce soit au moyen de visions du monde erronées, de religions, de « mythologies stupides » ou de justifications fallacieuses. C'est tout le sujet de L'Énigme de l'univers. C'est le cas dans « Orbites instables », où ceux qui ont été capturés par les attracteurs idéologiques sont décrits comme auto-satisfaits et complaisants. Dans « Silver Fire », des fanatiques arrivent à faire croire aux membres de leur secte qu'une nouvelle maladie, dont les sympt$omes sont particulièremet horribles et douloureux, est en fait un moyen de connaissance et d'extase mysique… Ils n'ont évidemment pas le beau rôle dans la nouvelle. les constructeurs de a athédrale virtuelle de « Notre-dame de Tchernobyl » n'apparaissent pas véritablement comme des monstres de discernement intellectuel… Il ne fait pas bon, selon Greg Egan, de se contenter d'une seule grille de lecture, d'une vision définitive du monde : seul le doute, cet opium des intellectuels, trouve véritablement grâce à ses yeux.

 

Sylvie Denis

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Anudar : Jeu-concours : "Futurs : capitalismes hallucinés"http://grandebibliotheque.blogspot.com/2010/09/jeu-concours-futurs-capitalismes.html2010-09-03T20:31:00+00:002010-09-03T20:31:00+00:00AnudarAvis aux lecteurs :

Nobles seigneurs de la guerre, farouches Fedaykins, space-orks, nomades Extros, Princes-Marchands, Intelligences Artificielles, voyageurs spatio-temporels, vous tous, en quelque sorte... Pour les dix ans de la collection Folio SF et grâce à un aimable partenariat, la Grande Bibliothèque a le plaisir de vous ouvrir son premier jeu-concours ! Cinq des participants pourront gagner un livre offert par les Editions Gallimard, en l'occurrence, un exemplaire du roman Evadés de l'enfer ! de Hal Duncan, inédit en français.
Mais comment participer ?

Rien de plus simple. J'ai sélectionné un corpus de lectures tournant autour du thème qui donne son titre à ce concours, à savoir "Futurs : capitalismes hallucinés". Il vous suffit d'être le premier à lire l'un de ces livres et d'en apporter la preuve pour être désigné vainqueur. Quelques règles :
  1. Le jeu est ouvert à n'importe quel visiteur de mon blog, et sera ouvert jusqu'au 20 Octobre (environ !).
  2. La preuve de lecture sera un compte-rendu respectant la forme utilisée sur ce blog, à savoir une introduction, un résumé censé allécher le lecteur, puis pour conclure une courte analyse.
  3. La preuve de lecture devra être postée en commentaire public à la suite de ce message, la date et l'heure de publication faisant foi pour déterminer un gagnant.
  4. Chaque participant garde la pleine propriété de son compte-rendu de lecture et sera invité, le cas échéant, à le publier aussi sur son propre blog. Il pourra utiliser l'image proposée en ouverture et en fermeture de ce message pour matérialiser sa participation au concours.
  5. Les rétro-lectures ne sont pas acceptées : si vous avez déjà lu un des livres proposés, merci de ne pas le choisir.
  6. Tout gagnant sort du concours aussitôt (afin qu'il y ait le maximum de gagnants !).
  7. Le concours prend fin dès que cinq gagnants sont désignés.
Et voici le corpus de lectures choisies pour ce concours "Futurs : capitalismes hallucinés"...
  • Joan D. Vinge, Cat le Psion (Edit : lu).
  • Joan D. Vinge, Pluie de Rêves.
  • Richard Morgan, Carbone modifié.
  • Pierre Bordage, Wang tome 1.
  • Pierre Bordage, Wang tome 2.
  • Norman Spinrad, Jack Barron et l'éternité.
  • Norman Spinrad, Les Années Fléaux.
  • Ivan Efremov, L'Heure du Taureau.
Souvenez-vous, écrire le premier la chronique d'un seul de ces livres est suffisant pour gagner votre exemplaire de Hal Duncan ! Alors, n'hésitez pas !

Bonne lecture et... bonne chance !


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Lhisbei : Les conquérants de l'univershttp://rsfblog.canalblog.com/archives/2010/09/03/18757042.html2010-09-03T16:51:00+00:002010-09-03T16:51:00+00:00Lhisbeiles_conqu_rants_de_l_universLes conquérants de l'univers

De Richard Bessière

Fleuve Noir - 190 pages

Pour sa participation au Summer Star Wars, Ferocias joue à archéologue du space-opera. Ses billets donnent vraiment envie de fouiller le grenier, de dénicher les vieilles malles de grand-mère pour plonger dans le space-opera de grand père. J'ai donc exploré les BAL (bibliothèques à lire) de Mr Lhisbei et voici ce que j'ai trouvé : le premier roman de la collection Anticipation du Fleuve Noir, collection dite « Fusées » à cause de la fusée qui orne sa tranche son dos. La fusée de la couverture annonce la couleur : space op' nous voila.

Les conquérants de l'univers, premier volume d'un cycle éponyme en 5 tomes, de Richard Bessière a été publié en 1951. C'est Internet qui nous le dit car le livre ne possède ni dépôt légal ni date d'édition ni ISBN... Richard Bessière est ce qu'on peut appeler un auteur prolifique : il affirme sur son blog (inactif depuis mars 2007) avoir à son actif 285 ouvrages ! A noter aussi : les éditions Éons ont réédité en un seul volume les cinq romans du cycle des Conquérants de l'univers.

Je ne résiste pas à la tentation de reproduire la quatrième de couverture :
A bord de leur appareil interplanétaire, six terriens se trouvent lancés dans l'aventure la plus extraordinaire qu'on puisse rêver. Vous allez faire connaissance avec ces audacieux astronautes qui ne tarderont pas à vous devenir familiers, et vous suivrez leurs aventures avec un intérêt qui ne faiblira jamais. C'est Jules Verne qui a ouvert la voie au roman d'Anticipation. Plus près de nous, H.-G. Wells est allé encore plus loin. Mais le roman de F. Richard-Bessiere que nous vous présentons est bien le plus extraordinaire et le plus captivant qu'on ait écrit jusqu'à ce jour.        

Nous voila embarqué à bord du Météore, premier vaisseau capable d'arracher l'homme à la pesanteur terrestre, parti à la découverte de l'Univers. Le Météore, créé par le professeur Bénac avec l'aide de son filleul Richard, grâce aux fonds du sud-américain Don Alfonso, est un engin digne des romans de Jules Verne : fabriqué dans un alliage de métal nouveau il dispose d'une propulsion révolutionnaire et de quatre niveaux qui assurent confort et sécurité. L'expédition de Bénac devait initialement concerner trois personnes. Le professeur Bénac et Richard devait se faire accompagner par Jeff grand reporter américain chargé de couvrir en exclusivité l'évènement. Mais Ficelle, mécanicien aux doigts magiques, et Don Alfonso se trouvent malencontreusement piégés à bord au moment du décollage. Miss Mabel, jeune étudiante anglaise, a fait valoir des arguments de poids pour intégrer l'équipe : « Mais qui s'occupera du ménage ?  »  et  « Comment voulez-vous être présentables lorsque vous arriverez chez les martiens ? Croyez-vous que ces gens-là auront une bonne impression des terriens lorsqu'ils verront vos pantalons en accordéon et vos cols froissés ? »1. Bénac finit par céder à condition que Miss Mabel « maîtrise ses nerfs »2. Ils seront donc six à s'élancer, à la prodigieuse vitesse de 45 kilomètres par seconde, vers la Lune, première escale de l'expédition, avant de prendre la direction de Mars.

Richard Bessière nous dispense régulièrement des cours d'astronomie (Mabel finira même à lire un livre traitant de cette matière) selon les connaissances de l'époque. Dix ans avant le premier vol spatial habité et la conquête spatiale, la face cachée de la Lune est un terrain de fantasmes. L'auteur résiste à la tentation de le peupler de Sélènites ce qui, en soi, constitue déjà une originalité. Dans les années 50 les canaux de Mars se prêtent à toutes les interprétations possibles et se trouvent plutôt bien exploités dans ce roman. La description de la société martienne fourmille d'idées : la rationalité scientifique gouverne la planète et la critique sociale n'est pas bien loin. Certaines scènes sont vraiment très gaies (comme la compétition sportive sur Mars).   

Richard Bessière, qui avait 18 ans à la parution du premier volet des Conquérants de l'Univers, fait preuve d'érudition (qui, certes, parait bien dépassée de nos jours) et d'une imagination débordante qui compensent une écriture parfois maladroite et au style suranné. Sur 190 pages, le rythme échevelé condense les aventures lunaires et martiennes de notre fine équipe proposant de nombreux rebondissements au risque de survoler ces aventures. Un romancier moderne aurait développé un peu plus chacune des péripéties de nos aventuriers. Je n'envisage pas de lire la suite - archéologue du space opera étant un hobby pour moi - mais si quelqu'un m'offre les livres, je me sacrifierai ...   

1Nous sommes en 1951 n'oublions pas. Remercions les féministes d'être passées par là.

2 Elle prouvera par la suite qu'elle les maîtrise parfaitement : juchée sur un rocher « la courageuse jeune fille » tire sans arrêt sur les créatures préhistoriques qui peuple la face cachée de la lune (même si pour cela elle doit serrer « convulsivement » les lèvres) ; et ne s'évanouit qu'après la bataille et pour une excellente raison : elle est grièvement blessée et perd beaucoup de sang.

Consulter la bibliographie de l'auteur sur le Répertoire de la Science-Fiction.

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Génération sf : Greg Egan : un moraliste dans l'ère du choix (3)http://generationscience-fiction.hautetfort.com/archive/2008/05/04/greg-egan-un-moraliste-dans-l-ere-du-choix-3.html2010-09-03T14:59:20+00:002010-09-03T14:59:20+00:00Génération sf862303259.jpg    Le héros de Greg Egan est donc un homme déterminé — par l'histoire, la société et avant tout par la biologie — qui se sait déterminé et qui, sachant cela, fait face au problème de l'identité et de la liberté. Des questions qui ont souvent été traitées par les philosophes et les écrivains.

    « La philosophie existentialiste est centrée sur l'existence et sur l'homme. Elle privilégie l'opposition etre l'existence et l'essence. Quant à l'homme, il est ce que chacun fait de sa vie, dans les limites des déterminations physiques, psychologiques ou sociales qui pèsent sur lui, mais il n'y a pas une nature humaine, dont notre existence ne serait que le simple développement. […] Cette philosophie a en son cœur la liberté, puisque hacun sera défini finalement, par ce qu'il aura fait. » (5)

    Pour Sartre, l'homme invente l'homme, et cette invention s'incarne essentiellement dans le champ social et politique. Mais la biologie, la génétique, les techniques d'observation du cerveau nous montrente qu'« inventer l'homme » peut prendre un sens tout différent. Dès ses débuts, la science-fiction s'est emparée de ces sciences et a tenté d'envisager comment l'homme pourrait se changer, lui et les sociétés qu'il construit. Tout comme la philosophie, la SF s'interroge sur la nature humaine — et intègre à ses réflexions le discours scientifique.

1369506261.jpg    Dans cette perspective, les personnages de Greg Egan sont « modernes » au sens où ils ont eux aussi intégré les discours des sciences dites « dures » et où ils appliquent à eux-mêmes et au monde qui les entoure des grilles de lecture souvent en rupture avec ce qu'on peut trouver dans la littérature, y compris dans la SF la plus traditionnelle. C'est ainsi que le héros de « Cocon » s'interroge sur la nature de l'homosexualité, non pas en termes psychologiques ou psychanalytiques, mais en tant que phénomène résultant de l'action de certaines substances sur l'embryon. Le personnage principal, du « Tout-petit », qui achète un kit de fabrication de bébé, se demande d'où lui vient ce désir irrépressible de s'occuper d'un enfant, et conclut non à la pression sociale, ou à une quleconque conséquence d'événements surveus dans son enfance, mais que « le problème, avec les pulsions biologiques, c'est qu'il est très facile de les tromper. Nous sommes très doués pour satisfaire nos corps tout en frustrant les causes nées de l'évolution de l'espèce qui nous donnent du plaisir. On peut faire en sorte que la nourriture qui n'a aucune valeur nutritionnelle ait une apparence et un goût extraordinaires. On peut faire l'amour sans risquer une grossesse, et c'est tout aussi agréable. Autrefois, j'imagine qu'acheter un animal de compagnie était le seul moyen de remplaer un enfant. C'est ce que j'aurais dû faire : j'aurais dû acheter un chat. »

    De même, dans « La Cuve », le personnage principal, dénommé Harold, a une perception plutôt inhabituelle de lui-même : « Il est capable de dessiner les structures des structures les plus importantes du système nerveux central. Il en a synthétisé la moitié de ses propres mains. Il a même vu des images en temps réel de son cerveau en train de métaboliser du glucose indiqué par un marqueur radioactif, révélant quelles régions de son cerveau étaient les plus actives tandis qu'il s'observait en train de penser qu'il était en train de se regarder penser. »

     Ces humains du proche XXIIe siècle, en proie à des sentiments et des problèmes humains, sont confrontés à un dilemme que nous affrontons tous mais qui est bien peu souvent exprimé : celui d'éprouver des sentiments d'avoir des comportements, des pulsions, des idées, des sensations, et de savoir qu'ils peuvent être expliqués, catalogués, inscrits dans les cases d'une typologie. Leur grande peur n'est pas d'agir bien ou mal, en conformité ou non avec telle ou telle philosophie, mais d'être des fourmis, des robots biologiques dont la vie ne serait rien d'autre que l'expression d'une statistique pour étude de marché ou d'un code génétique.

    « Harold ne sait pas quoi faire de ce qu'il sait sur les molécules. Il ne peut décider si la conscience est un miracle, ou si elle ne signifie rien. Il hésite entre l'extase mystique et le plus pur nihilisme. Parfois il a l'impression d'être un robot élevé par des parents humains et qui vient juste de découvrir l'horrible vérité. » Bref, ils craignent que leur personnalité et leur libre arbitre soient des illusions.

1565556196.jpg    Cette crainte s'exprime dans des nouvelles telles que l'extraordinaire « Orbites instables dans la sphère des illusions », sur lequel il convient de s'attarder un peu. Dans ce texte, l'humanité a subi un « changement de son état psychique » au terme duquel « partout dans la ville, des systèmes de pensée concurrents se disputaient l'allégeance des habitants, mutaient et produisaient des hybrides… semblables à ces populations de virus d'ordinateurs qu'on lançait autrefois au hasard les uns contre les autres pour démontrer à l'aide d'expériences des éléments subtils de la théorie de l'évolution. Ou peut-être comme les rencontres et les combats que ces mêmes croyances ont connus pendant les temps historiques, sur des échelles de temps terriblement raccourcies par le nouveau mode d'interaction, et avec beaucoup moins de sang versé, maintenant que les idées elles-mêmes pouvaient batailler sur une arène purement mentale, plutôt que d'employer des Croisés armés d'épées et des camps de concentration. » Du point de vue des personnages, cette situation signifie que la plupart des humains se retrouvent happés par des « attracteurs idéologiques » qui les convertissent à telle ou tellevision du monde. Les protagonistes, bien sûr, ne veulent pas de cela. Ils entrent dans la ville en essayant d'éviter les attracteurs, de conserver leur identité et leur libre arbitre, jusqu'au moment où ils rencontrent quelqu'un qui leur explique qu'ils ont leur propre attracteur, un « attracteur étrange », qui est peut-être l'attracteur de la liberté — ou peut-être pas. Cette explication, de toute façon, ne peut pas satisfaire le personnage principal : « Tout ce qu'elle dit me paraît être issu d'un modèle de représentation rationaliste mal assimilé. Et me voilà en train d'entrevoir un espoir et de me jeter sur la moitié de sa version de l'univerts et de jeter le reste. Les métaphores mutent et produisent des hybrides… » Dans un monde — qui me paraît être la meilleure description que la science-fiction a pu donner de la fin du XXe siècle — où au fil de l'histoire les religions, les systèmes de croyance et de valeurs se sont accumulés mais où il n'est pas encore arrivé à une macro-vision, à un méta-modèle qui les engloberait et les justifierait tous, le héros eganien ne peut se sentir vraiment humain, vraiment libre, que dans la solitude et le doute.

 

Sylvie Denis

 

 



    (5) Les Mots de la philosophie, Alain Lercher, Belin.

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Quadrant Alpha : Lamentation, les psaumes d'Isaak 1, Ken Scholeshttp://quadrant-alpha.blogspot.com/2010/09/lamentation-les-psaumes-disaak-1-ken.html2010-09-03T11:37:00+00:002010-09-03T11:37:00+00:00Quadrant Alpha
Quatrième de Couverture

La cité de Windwir vient d'être anéantie, et avec elle la Grande Bibliothèque où reposait la mémoire du monde. L'onde de choc de cette catastrophe rompt les équilibres politiques et religieux des Terres Nommées, attise les convoitises, ravive les complots, met à mal les alliances. La guerre est inévitable.
Rudolfo le roi tsigane, seigneur des Neuf Maisons Sylvestres, est le premier sur les lieux et recueille dans les ruines un automate de métal. Agité de sanglots et rongé par la culpabilité, celui-ci s'accuse d être à l'origine du drame. Quel est son terrifiant secret ? A-t-il été manipulé ? Qui voulait la destruction de Windwir et pourquoi ? Mais voilà que Neb, un jeune moine orphelin qui a assisté à l'horreur, commence à faire des rêves prophétiques...







Auteur : Ken Scholes, Traducteur : Olivier Debernard
Edition : Bragelonne, Collection : Fantasy
Série : Les psaumes d'Isaak 1/5
Parution : 05/2010, Pages : 473, Prix Indicatif : 22,00 €, ISBN : 9782352943907
Titre Original : Lamentation, Edition Originale : 2009 chez Tor Books






Présentation
Depuis quelques années je reviens peu à peu à la Fantasy, un genre que j'avais délaissé après m'en être repu jusqu'à satiété. Des auteurs comme George R. R. Martin (Le Trône de fer) ou Scott Lynch (Les salauds gentilhommes) ont à nouveau entrouvert les portes derrière lesquelles je me suis glissé. Un nouveau venu dans le genre : Ken Scholes, semble en passe de transformer son premier essai. "Lamentation" est le premier tome d'une pentalogie dont on devrait parler dans les années à venir. Tiré d'une nouvelle de l'auteur parue en 2006 dans le numéro d'août du magasine Realms of Fantasy : "Of Metal Men and Scarlet Thread and Dancing with the Sunrise", "Lamentation" semble avoir été salué de manière assez unanime par la critique. Effet de mode ? marques de complaisance ? Non, un foutu bon roman tout simplement !

Le roman s'ouvre sur un holocauste. Celui d'une cité, d'un peuple et d'une vision d'une monde. En l'espace de quelques secondes ce qui fut le centre culturel, économique et religieux des Terres Nommées disparait dans un enfer de flammes. Avec lui disparait 90% du peuple Androfrancien et le trésor de l'humanité : la grande bibliothèque de Windwir, gardienne du savoir et de l'histoire du monde... Des lors les équilibres naturels du monde s'effondrent et avec eux s'élèvent les relents de chaos et les sons discordant des tambours de guerre.

Les armés vont se lever et marcher vers les ruines, répondant ainsi aux anciennes alliances de sang et de défense contractées avec Windwir, des quatre coins du monde les fidèles dispersés vont converger vers les cendres à l'appel du nouveau pape pour tenter de sauver les infimes parcelles du savoir, tandis qu'en coulisse les jeux politiques et diplomatiques vont se jouer. Sur place les premiers arrivés entreprennent de donner une sépulture décente aux centaines de milliers de dépouilles carbonisées sous la menace constante des nombreuses armés qui s'assemblent pour en découdre. Des éclaireurs magifiés de nombreuses armés, quasiment invisibles, entrent alors dans une danse de mort...

Voilà ! Le contexte est posé, il ne vous reste plus qu'à découvrir cet univers voué au chaos et à suivre les événements grâce à la multitude de points de vue des personnages qui y joueront un rôle primordial. C'est donc aux côtés de Rudolfo (roi des tsiganes des sept maison sylvestre et général en chef de l'armée errante) de Lyn Li Tam (concubine du prévôt Setberth), de Neb (jeune novice rescapé de l'holocauste), d'Isaak (mecaserviteur de l'ordre), et de quelques autres que vous allez suivre les événements de cette épopée.

L'originalité de ce roman est de dépeindre un univers de Fantasy que l'on devine bien vite héritier d'une civilisation avancée technologiquement et ayant disparue lors d'un épisode tragique qui ne sera que très peu dévoilé. Une civilisation technologique qui avait entre autres merveilles sue créer des mécaserviteurs, androïdes de métal à la mémoire et aux capacités de réflexions et de synthèse avancées, et qui après s'être effondrée donna naissance au monde que nous découvrons dans ce roman. L'une des taches de l'Ordre Androfrancien de Windwir étant justement de mettre à jour ses reliques technologiques du passé pour préserver le peu de connaissances perdues des jours anciens...

Le style est simple, fluide et au service du récit. Les points de vues sont multiples ce qui donne un effet chorale de bon aloi au roman. Mais là ou Martin dans son Trône de Fer faisait alterner les points de vue de chapitre en chapitre, vous trouverez ici divers points de vue au sein d'un même chapitre. Chacun semblant alors répondre directement aux précédents. Un exercice plaisant qui a du demander à l'auteur un gros travail de composition, mais qui donne une dynamique certaine au récit, composé du coup de chapitres courts ou alternent souvent quatre ou cinq points de vue différents. Le tout s'en rendre la lecture pénible ou décousue ce qu'il faut saluer comme une vraie réussite. Seul regret selon moi, un ton neutre en léger décalage avec les propos. J4aurai réellement beaucoup aimé que le ton du récit sot ici bien plus sombre, porteur de malaise et d'angoisse en rapport direct avec les événements particulièrement sombres qui forment le cadre général de l'ouvrage.

Le second tome de la saga ne devrait pas trop tarder à pointer le bout de son nez chez nos amis de Bragelonne puisque "Canticle" est disponible depuis octobre 2009 chez l'éditeur Américain Tor Books. Nul doute que je me le procurerai à sa sortie, pour suivre les aventures d'Isaak et fouler à nouveau les Terres Nommées, en espérant retrouver l'ambiance si particulière et plaisante de ce premier opus. Je le recommande vivement à tous les amateurs de Fantasy désireux de sortir des chemins battus et à la recherche d'un univers personnel travaillé et aux nuances entremêlées. Vous m'en direz des nouvelles. Un magnifique cadeau d'anniversaire que j'ai dévoré avec un réel plaisir.



Fantasy au petit-déjeuner, Roxanne,




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Efelle : L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet de Reif Larsenhttp://efelle.canalblog.com/archives/2010/09/03/18967799.html2010-09-03T10:06:10+00:002010-09-03T10:06:10+00:00Efelleimg550

Le téléphone a sonné un après-midi du mois d'août, alors que ma soeur Gracie et moi étions sur la véranda en train d'éplucher le maïs doux dans les grands seaux en fer-blanc. Les seaux étaient criblés de petites marques de crocs qui dataient du printemps dernier, quand Merveilleux, notre chien de ranch, avait fait une dépression et s'était mis à manger du métal.
Peut-être devrais-je m'exprimer de manière un peu plus claire. Quand je dis que Gracie et moi épluchions le maïs doux, ce que je veux dire, en fait, c'est que Gracie épluchait le maïs doux tandis que moi, de mon côté, je schématisais dans l'un de mes petits carnets bleus les différentes étapes de cet épluchage.

Tecumseh Sansonnet Spivet est un gamin de 12 ans vivant dans un ranch, à Divide, Montana. Fils ainé du couple improbable composé par son père rancher et sa mère scientifique, c'est aussi un génie précoce en matière de science et plus précisément dans l'élaboration de schéma technique ou de cartes. Le Docteur Yorn, un ami de sa mère, l'accompagne dans ses oeuvres et lui permet d'être publié dans diverses revues scientifiques. A son insu, le docteur l'a même inscrit au prestigieux concours du Smithsonian à Washington....

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Je faisais des croquis très détaillés de toutes ces activités depuis que j'avais huit ans, âge auquel mes facultés cognitives et mon intelligence avaient commencé à s'épanouir, juste assez pour m'accorder le recul nécessaire au travail du cartographe. Je ne prétends pas que mon esprit était entièrement développé : j'aurais été le premier à reconnaître que je restais un enfant à bien des égards. Pour tout dire, il m'arrivait encore de faire pipi au lit, et je conservais une peur panique du porridge. Mais j'étais fermement convaincu que la cartographie avait gommé beaucoup de mes croyances enfantines. Quelque chose, dans le fait de mesurer la distance entre l'ici et l'ailleurs, dissipait le mystère de ce qui se trouvait entre les deux, mystère parfois terrifiant pour moi qui, comme la plupart des enfants, manquais de connaissance empiriques. Comme la plupart des enfants, je n'étais jamais allé ailleurs. J'étais à peine arrivé ici.

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Pour sa plus grande surprise, il remporte le concours. Les responsables de ce dernier le contacte directement court circuitant le Docteur Yorn. Si le premier réflexe de T.S. est de décliner l'invitation, sans pour autant lever le quiproquo concernant son âge, un petit incident avec son père va déclencher une mutation profonde.

Quelque chose, dans la façon dont mon père avait poussé ce serpent du bout du pied, dont il n'avait vu que lui à cet instant et l'avait complètement oublié l'instant d'après, me troublait profondément. Sitôt la crise évitée, il en était revenu à son souci initial : la remise en eau des fossés, et cela avec une assurance qui signifiait, en substance : Il n'y a pas de miracles sur cette Terre.
Je n'étais pas né pour vivre ici. Je le savais depuis longtemps, sans doute, mais le geste de mon père avait cristallisé cette vérité. Je n'étais pas une créature de l'Ouest.
J'allais me rendre à Washington. J'étais cartographe, scientifique, et on avait besoin de moi là-bas. Le Dr Clair elle aussi était scientifique, mais je ne sais trop pourquoi, le ranch lui convenait aussi bien qu'à mon père. Ces deux-là étaient à leur place ici, ensemble, à se tourner autour sur les pentes infinies du divide.

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T.S. fugue alors et compte bien couvrir les quatre milles kilomètres qui le sépare de Washington, il prend d'ailleurs rapidement ses aises en arrêtant avec astuce un train de marchandises. Commence alors un petit road movie émaillé de rencontres étonnantes, des digressions incessantes de T.S. et de la lecture d'un carnet, emprunté dans le bureau de sa mère,  narrant la vie d'une lointaine aïeule de son père, une des premières géologues du XIXeme siècle.

Le texte est abondamment illustré, en marge de dessins et schémas, donnant corps aux multiples digressions. T.S. se révèle un gamin attachant autant passionné par la cartographie que les Mac Donald. Le récit est très vivant et on s'attache rapidement à cet enfant, hanté par un énorme sentiment de culpabilité, présenté par petites touches au fil des pages. Le voyage prend finalement moins de temps que prévu mais est riche en rencontres surprenantes, par forcément aimables.

Un très beau texte, qui s'il est assez classique dans son thème de la fugue, est narré de manière originale et foisonne d'autres problématiques. En sus des problèmes du gamin, on trouvera ainsi un historique sur la place des femmes dans la communauté scientifique, la théorie de l'évolution, la mécanique quantique, des trous de vers, le côté pontifiant des représentants des institutions prestigieuses, un prophète dément, un flic pas bien malin, une société secrète...
L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet ne relève pas réellement de la littérature de genre mais l'omniprésence de la science sous toutes ses formes, même les plus improbables, ne peut que séduite l'amateur de SF. Un excellent roman que je  recommande chaudement, un des moments les plus marquants de cette année.

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Traqueur Stellaire : Le Canal Ophite – John Varleyhttp://www.traqueur-stellaire.net/2010/09/le-canal-ophite-john-varley/2010-09-03T01:00:44+00:002010-09-03T01:00:44+00:00Traqueur StellaireVoici six siècles, les Envahisseurs ont chassé les humains de la Terre. Depuis ce jour, l’homme a trouvé refuge dans le système solaire. Ses connaissances scientifiques ont été fortement améliorées par la découverte d’un signal extra-terrestre, le Canal Ophite, transmettant à l’aide d’un puissant laser un flot continu d’informations technologiques. Sur Luna, le politicien Tweed prépare en secret un vaste plan de reconquête de la Terre. Dans des laboratoires secrets, placés en orbite autour de Jupiter, des clones illégaux de savants sous les ordres de Tweed cherchent à mettre au point des armes capables de chasser les Envahisseurs. Mais comment combattre un ennemi dont on ne connait quasiment rien ?

Lilo est une jeune biologiste, condamnée à mort pour avoir enfreint les Lois de Bioéthique sur l’ADN humain. Alors qu’elle attend sa sentence, Tweed la libère secrètement. Il l’oblige alors à rejoindre les Libres-Terriens et à collaborer avec lui. Lilo refuse à de nombreuses reprises, mais chaque tentative d’évasion conduit à son exécution, et un clone prend sa place. Les plans de Tweed sont cependant contrariés par un événement inattendu. Le Canal Ophite diffuse en boucle un avertissement. Les humains doivent impérativement régler leur facture d’abonnement au Canal dans la décennie à venir, sous peine de sanctions sévères. Les Ophites sont-ils capables de traverser l’espace interstellaire pour mettre leurs menaces à exécution ? Et si oui, seront-ils capables de chasser les Envahisseurs ? Pour les Libres-Terriens, cet avertissement sonne tout aussi bien comme un nouvel espoir.

Le Canal Ophite (The Ophiuchi Hotline) est le premier roman de John Varley, paru en 1977. Ce livre de space-opéra,   écrit d’une traite sur un « coup de tête » , étonne avec sa forme narratrice assez novatrice mais encore brouillonne. Varley y expose sa vision spéculative du clonage, de la chirurgie esthétique, de la place de l’homme dans l’univers, et caricature non sans humour les réseaux câblés d’information. Varley surprend, fait mouche. Son style progressif dévoile l’intrigue par une succession de séquences narratives très cinématographiques. Le caractère inachevé de l’ouvrage désoriente fréquemment le lecteur, mais l’impressionnant effort de description de son univers force à continuer la lecture, jusqu’à reprendre pied dans l’intrigue. Le roman sait donc séduire, et le succès fut rapidement au rendez-vous (certains critiques le qualifiant de « Nouvel Heinlein ! »).  Par la suite, ce premier roman devait servir de  base à sa célèbre série des Huit Mondes.

Roman explosif, à la progression parfois déstructurée, Le Canal Ophite est une réflexion misanthrope sur l’homme. Dans l’univers de Varley, notre espèce n’est pas considérée par les races dominantes comme une espèce intelligente. Elle n’est qu’un animal habile, parasite de la Terre que les Envahisseurs chassent au profit d’être plus intelligents (les baleines, les dauphins et les cachalots). Notre entêtement nous empêche de véritablement progresser, et nous ne pouvons exploiter qu’une infime fraction des données émises par le Canal Ophite. Pour survivre dans cette galaxie, il fait savoir évoluer. Cela se peut par une symbiose avec les créatures photosynthétiques intelligentes des Anneaux, ou bien en osant briser les tabous moraux portant sur notre génome. L’homme est à deux doigts d’échouer, et le Canal Ophite entend lui forcer la main.

Le génie génétique et l’éthique sont omniprésents dans le Canal Ophite. Lilo est une jeune généticienne surdouée. Ses travaux d’amélioration génétique de plantes productrices de viande l’ont rendue assez riche pour financer ses propres travaux de recherche. La jeune femme n’a qu’une obsession : briser le tabou de l’ADN humain, pour le bien de ses semblables. Ses activités clandestines causeront d’ailleurs sa perte et le début de ses aventures. La curiosité insatisfaite du chercheur se heurte ici à des règles bioéthiques sévères, un garde-fou pourtant transgressé par les sociétés des Huit Mondes, qui autorisent toutes sortes de modifications chirurgicales dans des buts esthétiques ou sexuels. Dans le futur imaginé par Varley, le corps humain est devenu un objet comme un autre, mais l’ADN conserve un caractère sacré.

Le paradoxe apparaît également dans le recours aux clones. Chaque citoyen est libre de faire enregistrer sa psyché, mais nul ne peut créer de son vivant un clone de sa personne. Il ne peut y avoir qu’un seul exemplaire actif de chaque génotype humain [1]. Les échantillons biologiques prélevés en vue du clonage ne sont donc utilisés que lors du décès de l’individu. Cependant, la technique de transfert de la mémoire crée un duplicata de la personne, mis à jour selon les enregistrements effectués à une date précise. Les clones ne se transmettent pas la psyché de manière linéaire. Ce sont de nouvelles branches. Les humains du système solaire se leurrent en croyant avoir ainsi vaincu la mort. Ils ne font que permettre à une copie de continuer à exploiter leur psyché, mais l’original est irrémédiablement condamné à mourir. Il est curieux que cette société futuriste, si à cheval sur l’éthique de l’ADN, s’évertue à reproduire le corps et l’esprit à volonté; John Varley s’amuse entre les lignes de cette hypocrisie.

Le Canal Ophite m’a beaucoup inspiré. Cette œuvre réfléchie, parfois brouillonne mais débordant de cynisme, ouvre les portes de l’univers de John Varley. Ce n’est qu’un début, nous promet la conclusion de ce premier roman, et j’ai bien envie de poursuivre le voyage.

Ma note : 16/20

[1] Dans Le Canal Ophite, John Varley ne fait pas de distinction claire entre génotype et phénotype. Même si pour les besoin de cette chronique j’ai retenu sa définition, je rappelle toutefois qu’il s’agit d’une grossière erreur en biologie.

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Génération sf : Greg Egan : un moraliste dans l'ère du choix (2)http://generationscience-fiction.hautetfort.com/archive/2008/05/03/greg-egan-un-moraliste-dans-l-ere-du-choix-2.html2010-09-02T14:36:00+00:002010-09-02T14:36:00+00:00Génération sf951719407.jpg    Né en 1961 à Perth, où il réside encore aujourd'hui, Greg Egan a fait des études de sciences et notamment de mathématiques. À ce jour, il a publié quatre romans : An Unusual Angle, Quarantine, La Cité des permutants (John Campbell Award du meilleur roman de SF en 1994), L'Énigme de l'univers et un recueil de nouvelles, Axiomatic. Sa nouvelle « Cocon » a été nominée pour le prix Hugo en 1995. Son prochain roman, Diaspora, devrait paraître début 98. Néanmoins, certains critiques sont restés tièdes, et d'autres qualifient régulièrement ses textes de « philosophiques »… comme pour se justifier de n'avoir rien à en dire de plus.

    La réponse se trouve peut-être dans la définition que Norman Spinrad avait donné des cyberunks dans un article pour Asimov's Science-Fiction Magazine. Dans « Les Neuromantiques » (4), Norman Spinrad proposait d'appeler ainsi les cyberpunks car : « Gibson écrit de la hard science. mais il ne l'écrit pas comme heinlein ou Poul Anderson ou Hal Clement, même pas comme Gregory Benford. En termes de style, de philosophie, d'esthétique et de l'état d'esprit de son protagoniste, Gibson est plutôt cousiin d'Ellison, de William Burroughs. (…) Neuromancien réalise l'apparente contradcition d'un roman de hard science New Wave. Neuromantique. Neuro/mantique. mais aussi néo-romantique. » 

    Le terme n'a pas pris (ce qui n'a pas la moindre importance et n'enlève rien à l'analyse), mais une chose paraît claire : si Greg Egan partage avec les cyberpunks des années quatre-vingt quelques thèmes tels que l'intelligence artificielle, la réalité virtuelle, les biotechnologies, s'il est (et se reconnaît) comme un écrivain de hard science, il n'a pas de préoccupations stylistiques ou esthétiques, n'a pas du tout la même sensibilité et ne focntionne pas sur le mode symbolique ou mythique. Il est tout sauf un romantique : moraliste et réaliste, il nous invite à considérer d'un œil neuf ce que notre civilisation a fait de l'homme.

    Au cours des dix dernières année, les lecteurs français n'ont malheureusement eu accès qu'à un nombre limité de ses textes, ce qui les a empêchés de voir l'auteur développer sa thématique, et surtout d'en apprécier la richesse.

1733140081.jpg    Néanmoins… Dans Baby Brain, une femme dont le mari est dans le coma abrite son cerveau dans son utérus en attendant que son corps de remplacement ait fini de grandir. Dans « Cocon », un détetive homosexuel découvre qu'une compagnie s'apprête à mettre au point une technique qui protègera le fœtus de toute agression chimique — y compris celle qui aurait pu le conduire à devenir un être humain homosexuel… On est loin, on le voit, des histoires de dauphins intergalactiques et des Harlequins militaristes qui ont pu, çà et là, récolter quelques prix Hugo…

    Et ce n'est que le début… dans « Mortelle ritournelle », on invente une technique qui débouche sur 'écriture de mélodies publicitaires inoubliables — au sens littéral du terme. Dans Notre-Dame de Tchernobyl, des fanatiques religieu construisent une cathérdrale virtuelle. Dans « En apprenant à être moi » et « Rêves de transition », les personnages affrontent les conséquences de techniques qui leur permettent d'être enregistrés et de survivre en tant que copies dans des réalités virtuelles.

    Plusieurs remarques viennent à l'esprit quand on lit ces textes. Tout d'abord, l'auteur ne fait pas appel au « fond commun » de la science-fiction, à la quincaillerie des icônes du genre. Mieux : il n'utilise pas les « nouvelles technologies » pour justifier des « gadgets » anciens, mais pour créer des situations nouvelles, situations qui provoquent chez le lecteur plus de malaise que de bon vieux sense of wonder. Enfin, cette sensation de malaise vient de ce que l'auteur ne fait pas de concession à ce qu'on appelle communément la « psychologie », et qui relève plus souvent du stéréotype que d'une réelle étude des personnages. Autrement dit, non seulement il place ses rotagonistes dans des situations inédites — l'exemple le plus frappant étant la femme de Baby Brain, dont le titre original était « Appropriate Love » — mais il fait en sorte qu'ils ne puissent pas y réagir de façon « attendue », c'est à dire selon les « règles » de la morale et de la psychologie traditionnelles.

    Les personnages de Greg Egan sont très souvent des solitaires, des individualistes et des égoïstes. Ils sont sinon cyniques, du moins d'un réalisme que beaucoup trouveront choquant. dans une certaine mesure, ils incarnent un des aspects dominants de la psyché de l'homme occidental moderne. le plus réussi — en ce qu'il a consciece du problème — est Andrew North, le héros de L'Énigme de l'univers. Ce journaliste qui ne se'intéresse à rien d'autre qu'à lui-même et à son travail se retrouve largué par sa compagne aud ébut dy roman parce qu'il est incapable de se comporter « normalement » avec elle. Pour lui, la relation amoureuse est un ensemble de codes dont il n'a pas la clef. Ses efforts pour se comporter autrement que comme un lamentable égoïste sont pitoyables et l'entraînent de relation ratée en relation ratée. L'auteur ne s'intéresse aucunement aux raisons de ce comportement — ce n'est pas son propos — mais il montre comment Andrew va essayer de vivre — tant bien que mal — avec ce qu'il est.

99257547.jpg    Dans « Comme paille au vent », un agent secret cynique et désabusé est envoyé en Amazonie, au sein d'un territoire investi par des chercheurs rebelles et des anarchistes de tout poil. Il doit retrouver un chercheur qui a mis au point un virus qui permet ni plus ni moins dque de reconfigurer les structures neurales du cerveau. le scientifique en question a déjà utilisé son invention sur lui-même, pour venir à bout de la lâcheté et de la faiblesse qui l'avaient jusque-là empêché de cesser de travailler pour un gouvernement qu'en fait il détestait. « Comme paille au vent », qui par ailleurs est une nouvelle brouillonne et un peu longuette, est néanmoins caractéristique de la thématique de l'auteur. le personnage principal se retrouve lui-même infecté par le virus ; il découvre qu'il pourrait, s'il le voulait, modifier les structures de son cerveau et cesser d'être l'homme cynique et oportuniste qu'il a toujours été. L'auteur, bien entendu, ne nous dit pas ce qu'il choisit. Il préfère nous laisser méditer surce que serait une humanité qui aurait non seulement pris conscience des limitations que la nature lui impose, mais aurait suffisamment de courage pour changer — et d'intégrité pour que ce changement n'aboutisse pas à une catastrophe.

 

Sylvie Denis

 

 



    (4) In Univers 1987, traduction de Pascal J. Thomas.

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Traqueur Stellaire : Mad Max 2 – George Miller (1981)http://www.traqueur-stellaire.net/2010/09/mad-max-2-george-miller-1981/2010-09-02T01:18:52+00:002010-09-02T01:18:52+00:00Traqueur StellaireDans un futur proche, la guerre pour le pétrole touche à sa fin. Les états sont en ruine et n’assurent plus aucun contrôle des zones reculées de leur nation. Seule compte désormais la lutte pour les dernières ressources mondiales d’or noir. Le chaos ultime s’annonce. L’Australie n’est plus qu’une nation fantôme. Dans ses vastes étendues désertiques, plus aucune autorité ne vient au secours des autochtones, livrés à eux-même. La lutte pour la survie est ponctuée de violence, les groupes de bandits sillonnent les territoires en ruine. Max Rockatansky vit désormais seul. Il parcourt le pays en ruine et tente d’y survivre. Alors qu’il cherche à se ravitailler en essence, il fait prisonnier un pilote d’autogire. Ce dernier lui apprend qu’une raffinerie gérée par une communauté de trente survivants fournit encore du pétrole. Max s’y dirige, mais découvre que le complexe est assiégé par une bande de motards, sous les ordres du Seigneur Humungus. Parvenant à forcer le blocus des brigands, Max propose à la communauté ses services. En échange d’essence, il leur fournira un camion pour tirer une citerne d’essence, et les aider à fuir le siège avant l’assaut final.

Mad Max 2 poursuit l’exploration de ce monde en plein chaos. Désormais, le film se déroule clairement en Australie (et non dans un pays quelconque, comme dans le premier opus). La société civilisée s’est effondrée et ne se relèvera plus (parabole de l’enfant sauvage au boomerang). Les produits manufacturés se font de plus en plus rares. Outre le pétrole, les munitions d’armes à feu sont également très prisées et difficiles à se procurer, époque violente oblige. Max mène une vie de solitaire, un poor lonesome cow-boy à bord de son bolide sur-vitaminé. George Miller quitte définitivement le domaine de l’anticipation sociale pour se concentrer sur le western post-apocalyptique. Le manichéisme est fortement présent : les pirates punks du seigneur Humungus sont tous de noir vêtus tandis les défenseurs de la raffinerie portent des vêtements blancs. La violence aussi se justifie selon le camp. Nous ne sommes plus dans la critique des débordements civils comme policiers du premier volet.

Max a quelque chose du anti-héros de western spaghetti. Son côté loup solitaire et ses attitudes mercenaires  en sont pour quelque chose. Lui aussi est de noir vêtu, il n’incarne pas l’espoir mais se laisse flotter par le chaos ambiant.  L’influence de Sergio Leone est bien présente. Son sens moral le force à éprouver de la sympathie pour le bon camp, mais il ne les aide que lorsque ses intérêts y sont liés. Mad Max 2 conserve cependant les ingrédients qui ont fait son succès : les bolides, les pirates de la route, les course-poursuites… Nous sommes dans un bon film de série B.

Si ce film permet de continuer l’exploration de cet univers post-apcocalyptique, Mad Max 2 présente déjà les premiers signes d’essoufflement : abandon de la réflexion sociale, renforcement des scènes d’action (soutenues par un budget dix fois plus important), manichéisme et violence totale. La saga perdra tout son charme avec un troisième volet de trop, où Mel Gibson donnera la réplique à Tina Turner, pour le plus grand plaisir des producteurs.

Ma note : 14/20

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Génération sf : Quelque chose comme une lettre ouverte au Bélial' pour le lancement de sa plateforme numériquehttp://generationscience-fiction.hautetfort.com/archive/2010/09/01/quelque-chose-comme-une-lettre-ouverte-au-belial-pour-le-lan.html2010-09-01T16:12:00+00:002010-09-01T16:12:00+00:00Génération sfLa question du livre électronique, que je me permettrai d'appeler élivre, est un sujet délicat, difficile et douloureux. Délicat pour qui veut l'aborder et tenter de le cerner, sans même parler d'essayer de dessiner les grandes lignes de son avenir. Difficile car de bonnes connaissances dans des domaines très divers sont nécessaires pour parvenir à se faire une idée de la nature réelle du problème. Douloureux car il touche au portefeuille de toute une profession et qu'il annonce un nécessaire rééquilibrage de la part du gâteau revenant à chacun des acteurs.

Seulement, l'élivre est là, et il faut en tenir compte. Regardez ce qui est arrivé aux grandes compagnies discographiques refusant de prendre en compte la diffusion numérique des œuvres, ou plutôt voulant reproduire dans l'univers virtuel des méthodes que l'on peut à tous les niveaux considérer comme datant du sècle dernier.

La tribune suivante d'Ayerdhal, initialement publiée sur le forum des éditions du Bélial', met les pieds dans le plat au sujet de la plate-forme numérique tout récemment lancée par cet éditeur. Le débat était certes ouvert depuis un moment déjà, mais Ayerdhal vient de lui donner un coup de pied au cul.

 

 

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Donc Le Bélial lance sa plateforme numérique.

Bien.

Innovante.

Ah. Euh… en quoi ?

En 8 points.

Lesquels sont ?



« Tarif intelligent. Les livres numériques du Bélial vous sont proposés allant de 8 à 12 € : un tarif unique, quel que soit le format de fichier et très inférieur à leurs équivalents papier (souvent deux fois moins). »

Là, je bondis de mon fauteuil et je me cogne la tête au plafond. J’ai du mal lire.

Je relis. Eh merde ! C’est bien ça.

8 à 12 € ! Et ce serait très inférieur au prix des livres papier. Ben mon cochon ! Vous avez entendu parler du « poche » ? C’est un format plus petit (10/18, en cm), qui se vend un peu partout et beaucoup mieux que les autres formats… mais alors sacrément mieux ! Vous voulez savoir pourquoi ?

Non, ce n’est pas que les gens manquent de place dans leurs bibliothèques, dans leurs sacs ou dans leurs attachés-cases… encore que, puisqu’on parle de numérique, donc de liseuses, c’est quand même un sacré avantage de voyager léger.

Et ce n’est pas non plus que les lecteurs préfèrent le livre friable au bel ouvrage.

Si le « poche » se vend beaucoup plus que le « grand format » et le « semi poche », c’est parce qu’il est moins cher, souvent trois fois moins. Incroyable, n’est-ce pas ?

Je parle du vrai « poche », évidemment. Pas des éditeurs qui le pratiquent au prix de… au prix de quoi, d’ailleurs ? Des autres activités du lecteur ? De son envie de les pratiquer ? De son garde-manger ?

Parce qu’il y a un truc à savoir : le portefeuille du lecteur n’est pas extensible. D’ailleurs, peut-être que c’est pour ça qu’on vend si peu de livres. Peut-être même que c’est pour ça qu’il existe des bibliothèques et un marché d’occasion florissant. Peut-être même… attention, je vais vous choquer… peut-être même que ce marché d’occasion est le plafond sur lequel il faut que le prix du livre numérique bute.

Pire. C’est au prix d’occasion du « poche » qu’il faut limiter (vers le haut) le prix du livre virtuel. Et je ne parle évidemment pas des ouvrages cotés !

Et c’est mon dernier prix. En tant que lecteur, en tant que consommateur (contraint) et en tant qu’auteur.

Vous avez bien lu. Je ne veux pas voir mes bouquins en format numérique au-dessus de 2 €, et je suis plutôt partant pour moins (deux fois moins).

Pourquoi ?

Parce que le très immatériel format numérique n’est pas un produit de substitution du très tangible ouvrage papier. Parce que les liseuses on un coût et que leur acquéreur ne doit pas en être le captif mais l’usager. Parce que, en terme de commercialisation, c’est un autre marché, un tout autre, qui se constitue pour l’essentiel aujourd’hui de gens qui ne lisent que très peu ou pas (de romans, par exemple). Parce que c’est l’occasion de toucher ceux que nous ne touchons jamais.

Soixante millions de Français ne m’ont jamais lu. Ne rigolez pas : cinquante millions d’entre eux n’ont jamais lu Werber, Pennac, Grangé, etc. C’est un chouette terrain à défricher, non ? Eh bien, c’est ce que facilite le numérique… à condition de ne pas le soumettre à l’économie des tauliers de l’édition papier et des souteneurs de la diffusion.

J’oublie un détail ? Ah oui. Le piratage. Je lui suis favorable, ne serait-ce que parce que, une fois de plus, mes phrases à la con atteindront quelqu’un que l’économie du livre (beurk) leur barrait, que celui-ci ne piratera pas toute sa vie mais qu’il continuera à lire, que la culture n’est pas… pardon, ne doit pas être un privilège de nantis. Je lui suis favorable, donc, mais on s’en fout. Le piratage prendra des proportions faramineuses si la diffusion numérique du livre se comporte comme la diffusion numérique cinématographique ou musicale. Le vent, et c’est ce qu’est le numérique, ne peut pas se vendre au même tarif que la matière. Inutile que je vous fasse un cours de marketing, d’ailleurs je suis un très mauvais pédagogue et je suis certain que vous savez ce qu’est le prix psychologique. Mais peut-être ignorez-vous qu’on ne le calcule pas avant d’avoir déterminé la, les ou toutes les potentielles cibles commerciales ? Il semble que vous vous limitiez au marché préexistant du « papier ». Il semble aussi que votre opération de lancement ne soit qu’une opération… disons de communication, en tout cas pas une étude. Lapalissade ! Je ne m’efforcerais pas d’en montrer les insuffisances si ce n’était pas le cas.

Voyons les autres points.



« Prix libre. Les prix affichés sont un minimum, mais vous êtes libre d'acheter les livres numériques au prix que vous aurez fixé si vous souhaitez soutenir l'auteur ou la maison d’édition. »

Ben voyons ! Pourquoi ne pas créer une ONG ? Ecrivains et Editeurs Sans Frontières, mais avec pas mal de toupet tout de même.



« Sans DRM. Aujourd’hui, les dispositifs de gestion des droits numériques (DRM) proposés par la plupart des éditeurs punissent moins les pirates – qui n’ont aucun mal à les contourner – que les acheteurs légitimes qui rencontrent de nombreux problèmes techniques. Le Bélial' ne propose que des livres numériques « bio » garantis 100% sans verrouillage pour que vous puissiez les lire aussi facilement que des livres classiques, sur le support de votre choix. »

Amen.



« Facile. Sur la plateforme e-Bélial, vous n’achetez pas un fichier, mais un livre. Une fois dans votre bibliothèque numérique, vous pouvez le télécharger à volonté et dans tous les formats proposés. Pratique si vous perdez le fichier d’origine ou si vous changez de support de lecture. »

Démago, mais bien joué.



« Collectionnez. Vous n’êtes pas prêt à vous passer du papier ? Nous non plus. Achetez un livre du Bélial’ et, pour seulement 2,00 €, téléchargez son équivalent numérique (sur certains titres uniquement) »

Aïe ! Dans son élan, la réclamite aiguë a fourché. Le coût du numérique est inférieur à 2 €. On s’en doutait un petit peu beaucoup, notez, mais c’est intéressant car, et j’y reviendrai plus loin, c’est quoi au juste le prix de revient du numérique ? Et comment le définit-on ?



« Flexible. Créez vos propres recueils en choisissant parmi le fonds du Bélial’ des nouvelles à télécharger à la pièce sans avoir besoin d’acheter un recueil entier. »

Encore heureux ! Et heureusement déjà pratiqué par (presque) tout le monde. Mais à quel prix, au fait ? Je veux dire : proportionnellement au prix du recueil.



« Equitable. Compte tenu des coûts de fabrication et de distribution réduits, Le Bélial' peut reverser jusqu’à 30% du prix de chaque livre numérique vendu à l'auteur. À comparer aux 10% qui sont la norme du marché. »

J’en vois déjà qui tremblent à l’idée des horreurs que je vais de cette plume commettre. Par quoi je commence ?

Ainsi, la norme du marché en matière de droits d’auteur serait à 10 %. J’en connais plus de trente mille qui feraient un infarctus en lisant ça. Ce putain de marché n’a pas de norme ! Que des différences de traitement. Et la moyenne, totalement incalculable pour cause d’opacité, est sûrement loin en dessous de 10 %. La réalité ? 4 à 12 % sur le « poche ». 6 à 15 % sur le « grand format ». Parfois plus, pour les rares best-sellers. Souvent moins pour les nombreux auteurs « jeunesse ». Et 2 % pour les traducteurs.

Le plus facile est digéré ? On jette un oeil à la réversion ?

C’est quoi d’ailleurs cette ineptie ? L’éditeur reverse ? Il est bien charitable ou il se prend pour un fonds de pension ? Vous vexez pas, je pinaille.

Vous avez raison, les coûts de fabrication et de distribution sont réduits, tellement qu’on se demande s’ils sont signifiants.

Sur la fab, qui représente entre 15 et 20 % du prix du livre « papier », il y a un coût en numérique. Sûrement, mais quel est-il au juste ?

Côté mise en format, par exemple, vous connaissez sûrement ça : http://fr.feedbooks.com/

Et il y en a d’autres. Et il y en aura de plus en plus.

Sur la distrib, il y a un… pardon ? La quoi ?

Qui va distribuer quoi, au juste ?

Parlez-moi de diffusion, oui, ça, ça m’intéresse. Prononcez les vilains mots. Détaillez ce que demandent Amazon, la Fnac, Google, Orange etc. pour diffuser des octets par le Net. Montrez l’intérêt des bornes numériques (mdr), justifiez leur existence et leur coût sur le prix du livre. Démontrez que tout ce joli monde est indispensable à la bonne diffusion électronique de l’ouvrage. Mais surtout, surtout, expliquez pourquoi vous avez choisi de rester dans la logique de fonctionnement « papier » plutôt que de développer une logique autre ou de vous inscrire dans l’une de celles qui existent déjà, comme publie.net, numeriklivres etc.

Le numérique est une aubaine. Pour l’auteur, pour l’éditeur, pour le lecteur. Pour la première fois, l’ouvrage littéraire peut se passer des parasites qui, de surcroît, se taillent la part du lion dans l’économie du livre. La diffusion et la distribution représentent 55 % du prix de l’objet livre. Alors quoi ? On prend les mêmes et on recommence ? On s’en invente d’autres ? Pour quel service ? Pas de stock, pas de transport, pas de commerciaux (physiquement, en tout cas).

Alors qu’est-ce qui coince ? Qu’est-ce qui limite les droits d’auteur à 30 % dans votre conception de l’édition numérique, quand d’autres, spécialisés, proposent déjà 50 et même 70 % ?

La diffusion. Toujours la diffusion. Fait chier ! S’il faut, pour l’édition numérique, en passer par une économie, que celle-ci tienne compte de l’écosystème numérique. Moi, je suis en train de devenir écolo.

À 50 % minimum. Ce qui représente 1 € sur un bouquin vendu en numérique à 2 €. Combien d’auteurs touchent 1 € sur la vente d’un de leurs bouquins en poche ? Y en a-t-il sur l’agora ?



« Solidaire. En attendant l’adaptation de la loi Lang au numérique, et pour ne pas léser les libraires qui soutiennent Le Bélial’, nos livres numériques seront proposés au même prix sur e-Bélial’ et sur la plateforme EDEN. N’importe quel libraire pourra ainsi vendre les livres numériques du Bélial’. »

Vous avez peur de perdre le soutien de vos amis libraires pour les ouvrages « papier » ?

En instituant le prix unique du livre (plus ou moins 5%), la loi Lang ne favorise que les gros « libraires », ceux qui peuvent négocier une marge conséquente avec le diffuseur/distributeur. Les autres peinent à obtenir une marge viable.

Comment les libraires diffuseront-ils vos livres numériques et quelle marge allez-vous leur accorder ? Je veux dire : les gros et les petits ?

En tout cas, rassurez-les, ils n’ont pas besoin de se recycler tout de suite. Le livre papier a encore un bel avenir devant lui. Disons le temps d’une génération. Et ce sont surtout les grosses berthas qui vont trinquer. Au fait, pourquoi croyez-vous que les gros bras se démènent tous pour disposer d’une plateforme de diffusion numérique ?



Voilà, j’en ai fini.

Les ventes de liseuses croissent de façon exponentielle, même en France. Au deuxième trimestre 2010, Amazon, le plus gros « libraire » du monde, a vendu plus d’ouvrages au format numérique qu’au format papier. En août, durant le festival littéraire d’Ouessant, plusieurs conférences et débats sur l’édition numérique se sont tenus dans le cadre de Numér’île et ont été relayées en direct sur le Net. J’ai participé à la plupart et j’ai rencontré différents acteurs du numérique (et pas que du monde du livre) qui s’efforcent d’échapper aux logiques « économiques » de l’édition classique. Nous sommes arrivés à la conclusion que non seulement c’était possible, mais que ce n’était pas si compliqué que ça, bien au contraire, à condition de se soustraire au système un peu plus que centenaire (on peut même le faire remonter à l’invention de l’imprimerie) qui dicte les conditions dans lesquelles se propage (mal) la littérature et qui s’auto-entretient.

En lisant la « déclaration d’intention » d’e-Bélial, mon optimisme s’est assombri d’un certain agacement. Peut-être, puisque j’avais tendance à apprécier vos communications autour du livre numérique, parce que j’attendais du Bélial qu’il ait autre chose à proposer que l’ambiguïté des fausses innovations pour un éternel recommencement.

Vous vous trompez de beaucoup d’erreurs, les mecs.

 

 

Ayerdhal

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Russkaya Fantastika : Le Test du pilote Pirxhttp://russkayafantastika.hautetfort.com/archive/2010/09/01/le-test-du-pilote-pirx.html2010-09-01T14:25:00+00:002010-09-01T14:25:00+00:00Russkaya FantastikaAprès le marathon « Strougatski » du mois dernier, reprenons notre souffle avec un film, un coproduction polono-soviétique de 1979, Le Test du pilote Pirx (Test pilota Pirxa, en russe Дознание пилота Пиркса), de Marek Piestrak, adapté d'un récit de Stanislaw Lem, « Le Test ».

Coproduit donc par le studio estonien Tallinfilm et son homologue polonais Zespol Filmowy, Le Test du pilote Pirx se veut une superproduction, une sorte de film de Science Fiction complet, rassemblant espionnage, aventure spatiale, cybernétique, et même métaphysique. Dans un avenir proche, l'idée est lancée d'envoyer une expédition vers Saturne, dans un vaisseau dont l'équipage serait constitué pour moitié d'androïdes qu'on ne peut officiellement pas distinguer des humains sans les ouvrir. Les débats sont d'abord houleux, sur le choix du capitaine, sachant que celui-ci ne sera pas mis au courant de qui, à bord, est humain et qui ne l'est pas. Il faudra donc quelqu'un aux nerfs particulièrement solide, d'autant plus que les androïdes sont encore en phase de test, et qu'il est possible que l'un d'eux puisse se détraquer.

 

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L'action du film se débutant aux USA, on aura hélas le droit au poncif anticapitaliste, à savoir que les sociétés chargés de l'organisation de l'expédition s'opposent sur le choix du capitaine, et que cette opposition va se manifester en véritable lutte digne d'un James Bond, avec filature, course poursuite en voiture, des scènes bien faites, mais qui finalement tombent mal à propos et ne servent en rien l'objet du film.

 

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Il faut donc passer un bon quart du temps avant d'atteindre enfin la séquence d'envol. Et la première chose qui saute aux yeux, sans doute est-ce dû à la partie polonaise de la production, c'est qu'on est loin du luxe relatif qu'on trouve régulièrement dans les vaisseaux soviétiques. Ici, tout est gris, marron, terne, bref, militaire.

 

 

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On regrettera malheureusement qu'une fois encore, malgré une réalisation soignée, les effets spéciaux sont loin d'être toujours à la hauteur : les vaisseaux ont encore trop souvent l'aspect de boîtes de conserve avec un bec bunsen collé au derrière.

 

 

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Mais venons-en donc au propos du film. L'ambiance est, comme il se doit, lourde à souhait. Nul ne sait qui est qui, et alors même qu'il ne se pose aucun problème, tous, les uns après les autres, vont chercher à discuter avec le capitaine. On ira ainsi du simple délateur (« je pense que 'machin' est un robot ») à l'androïde qui, de lui-même, va avouer sa condition, tout en se livrant à une véritable confession sur ses espoirs, ses convictions personnelles. Et c'est là qu'on touche au vif du sujet. Les androïdes, physiquement supérieurs à l'homme, ont atteint le stade de la conscience. Et donc obligatoirement, l'un d'eux, anonymement, va chercher à montrer sa supériorité sur son créateur.

 

Ces idées peuvent sembler galvaudées de nos jours, mais il faut se souvenir que ce film est sorti en 1979, avant Blade Runner de Ridley Scott, avant la série des Ghost in the Shell de Mamoru Oshii. Et on remarquera d'ailleurs que l'androïde « défectueux » se fait arracher les mains en cherchant à se retenir à un engin lors d'une violente phase d'accélération.

 

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Cet arrachage de mains, plutôt symbolique, est précisément ce qui arrive à Motoko Kusanagi lorsqu'elle cherche à ouvrir le tank dans Ghost in the Shell I, et le motif sera répété dans Ghost in the Shell II. Est-ce finalement un hasard si plus tard, Oshii, qu'on sait doté d'une grande culture cinématographique, a tourné Avalon en Pologne ?

 

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Film très inégal, Le Test du pilote Pirx contient finalement un assez grand nombre de bonnes idées, suffisamment pour être encore visible de nos jours. Il est actuellement disponible en russe, en DVD, dans la collection « Tallinfilm » de chez Ruscico, hélas sans aucun sous-titres. On trouve toutefois aisément des sous-titres anglais sur internet.

 

 

NB : pour les amateurs, la musique est signée Arvo Pärt.

 

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Génération sf : Greg Egan : un moraliste dans l'ère du choix (1)http://generationscience-fiction.hautetfort.com/archive/2008/04/30/greg-egan-un-moraliste-dans-l-ere-du-choix-1.html2010-09-01T13:50:52+00:002010-09-01T13:50:52+00:00Génération sf
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Il n'y a, si on y réfléchit bien, que deux sortes de plaisirs dans la lecture : celui de la répétition et celui de la nouveauté. On sait que les enfants aiment qu'on leur raconte cent fois la même histoire. la plupart des adultes ne relisent pas, ou peu, les mêmes livres, mais ils ne détestent pas retrouver les mêmes personnages et les mêmes idées d'ouvrage en ouvrage — et on connaît les résultats de cette recherche du confort dans le plaisir sur la créativité des auteurs…

Ce phénomène est pourtant à la fois inévitable et indispensable. Comme le fait remarquer Brian Stableford au début d'un article intitulé « Comment devrait finir une histoire de science-fiction ? » (1), « la nouveauté ne peut apparaître que sur un fond d'attente, il ne pourrait y avoir ni ironie, ni tragédie, si certaines conventions d'étaient pas là pour être trompées ».

Dans cette perspective, la science-fiction est une littérature paradoxale, qui chérit le novum, exalte la description de l'étrange et de l'inattendu, mais qui produit aussi nombre de clichés et de stéréotypes. C'est à ce prix que le genre se constitue comme tel, un ensemble de motifs qui va du voyage dans le temps à l'extraterrestre, en passant par les robots, les empires galactiques et tutti quanti. Ces motifs naissent de la nature même de la science-fiction, une littérature qui crée des simulations d'univers basés sr la perception qu'ont les auteurs du rôle primordial de la science et de la technique dans les métamorphoses de la société. C'est sur ce fond commun qu'il déploiet leur originalité personnelle. Les choses pourraient en rester là, si la société n'évoluait pas, si les sciences et les techniques restaient figées — ce qui est bien évidemment impossible.

1494950455.jpg Au milieu des années soixante, la science-fiction, déjà bien établie dans ses codes et ses conventions, a vu apparaître un certain nombre d'auteurs qui étaient peu ou prou d'accord avec le paradigme essentiel du genre, mais qui en satisfaisaient plus ses règles collectives. Elles ne correspondaient plus à leur perception du rée, ni avec leur sensibilité artistique. Ainsi naquit la New Wave, qui permit à la fois un renouveau stylistique — avec des expérimentations pas toujours très heureuses, certes, mais qui eurent un effet liébrateur — et thématique : la musique et la culture rock aussi bien que les sciences dites « molles », de la linguistique à l'ethnologie, entrèrent dans le genre — sans oubier la politique et le sexe. Vingt ans plus tard, un phénomène similaire se reproduisit avec le mouvement cyberpunk. cette fois-ci, les nouveaux auteurs firent entrer l'ordinateur et toutes les techniques qui lui étaient associées, dans des domaines aussi différents que la création graphique, la musique, l'intelligence artificielle ou la réalité virtuelle, dans le champ d'une littérature qui avait à nouveau besoin de se renouveler.

La plupart des critiques sont d'accord pour dire que, comme toutes les avant-gardes, le mouvement original s'est dissous de lui-même. Il me semble néanmoins que nous vivons encore sous son influence : sans former le moins du monde une école ou un mouvement, les auteurs les plus intéressants de la science-fiction contemporaine (2) prennent en compte les développements de l'informatique, des médias, des neurosciences, des biotechnologies, des mathématiques et de la physique. Il se trouve que beaucoup de ces auteurs, tels Stephen Baxter, Paul J. McAuley, Richard Calder, Geoff Ryman, Eric Brown, Mary Gentle, Ian MacLeod et d'autres ont débuté leur carrière dans le magazine anglais Interzone. De tous ces écrivains au talent incontestable, il me sembl néanmoins que l'auteur australien Greg Egan se distingue particulièrement, à la fois par sa thématique et son traitement.

335834287.jpg En effet, comme je l'ai déjà écrit, il me semble qu'il existe à présent deux modes d'écriture de la science-fiction. L'un obéit, si l'on veut, au principe de plaisir : celui de la nouveauté produite par la science. Dans cette option « il se passe quelque chose » et l'auteur peut projeter ses lecteurs dans un monde qui offre peu de continuité historique avec le nôtre — mais qui permet à l'auteur et au lecteur d'entrer dans « le grandiose avenir », et de s'offrir tous les plaisirs du sense of wonder. Dans l'autre option, « réaliste », il ne se passe rien, et l'auteur bâtit son univers dans ce que j'appelle la « bulle de présent » : une période historique qui, comme dans le roman de Maurice Dantec Les Racines du Mal, englobe notre présent et notre proche futur. Ce mode d'écriture naît probablement, comme le souligne Gérard Klein dans une préface à Tous à Zanzibar (3), avec la New Wave et les années soixante, se prolonge avec William Gibson et trouve sa plus belle expression avec Greg Egan. Il est l'expression d'une science-fiction qui, en intégrant certains des discours de la littérature générale, est entrée dans l'âge adulte. Qui a peut-être perdu en innocence mais a gagné en intelligence et en profondeur.

 

Sylvie Denis

 

 



(1) « How should a Science-Fiction Story End? », in The New York Review of Science-Fiction n°78, February 1995.

(2) Cet article a été écrit en 1997.

(3) Tous à zanzibar, John Brunner, Livre de Poche SF n°7180.


L'intégralité de l'article sur Générations Science Fiction

 

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Traqueur Stellaire : Mad Max – George Miller (1979)http://www.traqueur-stellaire.net/2010/09/mad-max-george-miller-1979/2010-09-01T09:18:22+00:002010-09-01T09:18:22+00:00Traqueur StellaireFilm australien d’anticipation sociale à la sauce road movie, Mad Max est devenu un des grands classiques du cinéma et reste le film qui révéla l’acteur Mel Gibson au grand public. Dans un futur proche, les nations sont en guerre pour les derniers stocks de pétrole. Les populations vivent dans un état de semi-anarchie, et les gouvernements essaient de maintenir un semblant d’ordre. Max Rockatansky est un policier de la route. A bord de son Interceptor (une Ford Falcon XB sedan australienne), il est chargé de lutter contre les pirates de la route. Lui et ses co-équipiers doivent souvent employer la manière forte pour remplir leur mission, et sont souvent engagés dans de sanglants duels.

Max et ses co-équipiers tentent d’intercepter un dangereux hors-la-loi, le « Nightrider », lorsque ce dernier, en pleine poursuite, se tue dans un violent accident. La mort du chauffard provoque la colère d’un gang de motards, dont le chef n’est autre que le frère du défunt Nightrider. Jim Goose, le co-équipier de Max, est traqué et grièvement brûlé par les motards. Max craint alors pour sa sécurité et celle de sa famille. Il rend sa plaque de policier et part dans le nord, où il pense être à l’abri. Mais les motards croisent à nouveau son chemin, et tuent sa femme et son jeune enfant. Pour Max, il n’est plus alors question de fuite mais de vengeance, et l’ex-policier se rue dans une folle course-poursuite meurtrière.

Le Mad Max de George Miller est un western futuriste, une sorte de course-poursuite sanglante dans un pays en pleine auto-destruction. Le monde sombre peu à peu dans le chaos, et à la violence des populations désemparées, le gouvernement affaibli répond par une violence encore plus forte. Ces cow-boys lancés à la poursuite des despérados sur leurs bolides ne sont plus contrôlés par la justice de leur pays. Ils ne représentent plus son bras armé, mais agissent peu à peu de leur propre chef.

La fuite en avant de Max représente bien cet effondrement progressif du pays. L’état n’est représenté que par de vagues consignes radio assez naïves. Le QG de la MFP (Main Force Patrol) ressemble plus à un repaire fortifié de mercenaires qu’à un organe officiel. Seul ancrage avec le passé civilisé, la famille de Max reste une bulle de sérénité dans ce monde brutal. Aussi la mort de sa femme et de son enfant marque une coupure définitive entre le monde d’avant et l’univers post-apocalyptique qui s’annonce.

Mad Max met en scène l’agonie de notre société organisée et l’avènement d’un monde post-apocalyptique brutal. En trente ans, ce film n’a pas beaucoup perdu de sa puissance et pointe encore le doigt sur la chute de notre civilisation du pétrole. Un chef d’œuvre du film d’anticipation.

Ma note : 17/20

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