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05/07/2010 : Vegas Mytho 04/07/2010 : Requiem pour une étoile 29/06/2010 : Pandore menacée 28/06/2010 : Les ailes de la nuit 19/06/2010 : Les couleurs de l'acier 12/06/2010 : Le trône d'ébène 06/06/2010 : Pandore abusée 01/06/2010 : Carbone modifié 02/05/2010 : Gradisil 27/04/2010 : La Vénus anatomique
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Vegas Mytho 
Par Lhisbei le 05/07/2010 à 19:31

Vegas_mythoVegas Mytho

de Christophe Lambert

Fleuve Noir -  356 pages

Thomas Hanlon est un raté. Il a plaqué son boulot de prof à l’université pour écrire. A part quelques poèmes, qui lui confèrent une aura d’intellectuel branchouille à Greenwich Village, il n’est bon à rien. Son roman s’enlise et sa consommation d’alcool est inversement proportionnelle à sa capacité à avancer. Quand on le découvre, dans le premier chapitre de Vegas Mytho, il est en train de creuser sa tombe, en plein désert du Nevada. Comment a-t-il atterri là ? A cause d’une femme, bien entendu : Sophia, fille Vasilis Stamatis, milliardaire grec à la tête d’une famille pour le moins fascinante dont on devine très vite la véritable identité. Le clan Stamatis vient d’inaugurer son casino à Las Vegas, l’Olympic Winner. Tout aurait été pour le mieux dans le meilleur des mondes si la Mafia, le FBI et la puissante famille Nasrallah (originaire d'Égypte) ne s’en étaient pas mêlés. Nous sommes en 1957... Bienvenue à Vegas, la ville de tous les possibles. Et si Los Angeles est la ville des Anges, Vegas est assurément faite pour des Dieux.

Le roman foisonne de clins d’œil au cinéma ou au monde du cinéma (je ne suis pas peu fière d’avoir deviné pour Les canons de Navarone – ceux qui ont lu le livre me comprendront). La construction est percutante, très rythmée, avec beaucoup d’action,  un découpage cinématographique et des flashes-back historiques bien trouvés. Le fil du récit est entrecoupé d’extraits de rapports confidentiels du FBI, de conversations entre mafiosi. On dirait presque que c’est un film couché sur papier. Ce qui tombe bien puisque je fais partie des lecteurs visuels, ceux dont le cerveau fabrique des images ou des scènes pendant la lecture. Certes, les ficelles sont parfois un peu grosses et le style manque parfois d’éclat mais Christophe Lambert ne manque ni d'inventivité, ni de malice et encore moins d’humour. Vegas Mytho est un roman divertissant mais ce n’est pas pour autant un roman creux ou superficiel. La trahison et la loyauté au clan, à la famille, sont des thématiques importantes dans les films de mafieux. Vegas Mytho traite cette thématique avec un double angle que je ne révèlerai pas ici. Les personnages sont bien campés et Thomas Hanlon, beau personnage de looser, réussit l'exploit de ne pas être trop tête-à-claque. Vegas et son ambiance, le désert du Nevada, sont bien décrits. Pour avoir visité la ville en 2004 ce roman a fait ressurgir des souvenirs... Le livre se termine sur une postface très intéressante où l'auteur nous donne à lire la genèse du roman.    

Des extraits
Derrière, le reste de la famille somnolait, encore anesthésiée par le deuil. J'ai secoué la tête. J'étais sidéré par ce que je venais d'entendre. J'avais l'impression de m'être embarqué à bord d'une machine à voyager dans le temps. Lire le récit d'un naufrage est une chose. L'entendre raconté par la bouche de quelqu'un qui l'a vécu relève d'une expérience complètement différente. J'essayais d'imaginer le paquebot en train de se casser en deux, les flots glacés, l'enfer...

J'ai laissé mon regard glisser sur la ville. C'était comme si toute son énergie avait fusionné dans une marée de lumières, des milliers de petits points couleur jaune chimique, orange chimique,bleu, vert, blanc fluo. Vegas m'a paru plus orgueilleuse et inutile que jamais. Une vibration s'élevait de la cité. Une sorte de grondement sourd, continuel. J'aurais pu finir par connaître tous ses bars, tous ses recoins, tous ses habitants même. Développer une sorte de... familiarité. N'importe qui l'aurait pu, avec un peu de patience et du temps. Et cela m'aurait avancé à quoi ? A rien. C'était comme si une vérité s'était fait jour en moi.

Lire aussi les avis de ActuSF, SFU, Cafard Cosmique, Yozone, Critic, Mythologica, Elbakin, Fantastinet, Onirik, Librys, Guillaume, Jess Kaan, Lesendar,

Le blog de l'auteur : Au pays de Lambert.

Consulter la bibliographie de l'auteur sur le Répertoire de la Science-Fiction.

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Requiem pour une étoile 
Par Lhisbei le 04/07/2010 à 16:47

requiem_pour_une__toileRequiem pour une étoile

de Jennifer D. Richard

Robert Laffont - 225 pages

Après un an passé à travailler dans La Fournaise, une région dangereuse et fantasmatique, Illidan rejoint enfin les siens. Ceux qui reviennent de La Fournaise – ils sont peu nombreux – en reviennent assez riches pour pouvoir faire vivre décemment leur famille. C’est le cas d’Illidan qui retrouve Sigrid, sa femme, et leurs deux enfants à La Fourmilière. En descendant du train il ne les reconnait pas. Son amnésie ne l’empêche pas de voir que la relation de Sigrid avec les enfants reste tendue. Sa « réinsertion » au sein de la cellule familiale n’est pas facile. Trop de questions en suspens…

La présentation de l’éditeur annonce  « Requiem pour une étoile est tout autant un thriller à la mécanique implacable qu'un roman d'anticipation ». Je n’ai trouvé ni l’un ni l’autre. Illidan cherche à résoudre un mystère, à retrouver ses souvenirs, ce qui induit un questionnement psychologique assez éloigné des enquêtes des thrillers traditionnels. Les mutations de la société ne sont qu’esquissées et jamais expliquées, ce qui m’a un tantinet frustrée. Elles sont évoquées par le décor, les différents quartiers, le modèle économique qui régente la vie des protagonistes, mais d’une manière qui n’ouvre pas sur une réflexion approfondie voire sur une critique de ce modèle. Ce qui nous éloigne, là aussi, de l’anticipation.

Requiem pour une étoile s’articule autour de trois narrateurs. Illidan d’abord, hanté par des questions sans réponses. Vient ensuite le journal tenu par Stella qui apporte des réponses. En enfin c’est Sigrid qui porte le dénouement (dénouement que j’ai vu venir d’assez loin, avouons-le). L'histoire d'amour impossible entre Illidan et de Stella reste le pivot central du roman. C'est touchant, bien écrit, avec une intensité dramatique mais ce n'est pas vraiment ce que j'attendais avec la présentation de l'éditeur. J'ai donc, à plusieurs reprises, survolé certains passages, un peu trop mélodramatiques à mon goût. Reste que je me suis attachée aux personnages décrits par Jennifer D. Richard. Complexes, bien construits, ils ont chacun leur « voix » et cheminer sur 220 pages avec eux est un vrai plaisir. Une mention spéciale doit être accordée aux personnages secondaires, finement travaillés.   

Lire aussi les avis de Soukee, June20, Géraldine, Alexiel, Sabine, Marc F, Ulaz, Laurence, Biblio, Folfaerie, 

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Pandore menacée 
Par Lhisbei le 29/06/2010 à 17:25

Pandore_menaceePandore menacée
L’étoile de Pandore T2

de Peter F. Hamilton

Milady - 695 pages

Avis de Monsieur Lhisbei

Pandore menacée est le deuxième volume de ce space opera de Peter F. Hamilton qui en comporte quatre.
Il mérite quelques explications et mises au point (ça va être long :-).

Commonwealth : Fédération humaine qui regroupe environ 600 planètes colonisées sur une période de 300 ans après l’invention du portail spatial (trou de ver). La colonisation s’est faite en trois étapes, appelées « phases ». Vous avez donc la Terre, les planètes de phase 1 très développées et proches de la Terre, les planètes de phase 2 au développement important mais plus éloignées de la Terre et, enfin, les planètes de phase 3, les moins développées, situées aux confins du Commonwealth.

Portails spatiaux ou trous de ver : inventés par Ozzie Fernadez Isaacs et Nigel Sheldon. Ils ont permis à l’humanité de conquérir d’autres planètes sans maitriser le vol spatial. Leur portée est limitée par la puissance électrique à disposition, d’où une expansion en plusieurs phases. Les humains voyagent de planète en planète à travers les trous de vers à bord de trains. Les trous de ver sont maintenue ouverts en permanence.

CST : société propriétaire des portails spatiaux. Immensément riche elle est très influente au sein du Commonwealth. Elle est en grande partie la propriété de Nigel Sheldon et d’Ozzie Fernadez Isaacs. Le premier y est très investi. Le second se contente de ramasser les dividendes et de vivre sa vie.

Silfens : Extraterrestres qui font penser aux Elfes d’où leur nom. Ils ne communiquent pas ou peu avec les Humains. Ils ont crée un réseau de chemins, « les chemins Silfen » que certains Humains tentent d’emprunter. Parfois ils se perdent et ne réapparaissent jamais, parfois ils reviennent avec des histoires extraordinaires.

Chemins Silfen : Les Humains les trouvent dans les forêts de presque toutes les planètes qu’ils ont colonisées. Lorsque vous vous engagez sur un chemin Silfen vous ne savez pas où il va vous mener. Vous voyagez à pieds ou à dos d’animal car les technologies humaines ne fonctionnent plus sur ces chemins. Donc vous marchez, vous marchez, vous marchez puis le temps, les températures, les espèces végétales et animales changent et vous savez que vous êtes passé sur une autre planète … et ainsi de suite, l’aventure commence…

L’Arpenteur : personnage encore secondaire. Pour les dirigeants du Commonwealth il est imaginaire. Mais pour  les Gardiens de l’individualité il est bien réel : c’est le mal absolu, l’ennemis à abattre car il est la cause de tout les maux de l’Humanité. Il contrôle et manipule le Commonwealth. Ses buts et ses ambitions restent vagues et encore mal définis.

Gardiens de l’individualité : groupe terroriste, ennemi de l'Arpenteur.

Unisphère : sorte d’internet qui fonctionne sur toutes les planètes. Tous les Humains munis d’un tatouage peuvent y accéder.

Tatouages : interfaces permettant aux Humains de se connecter à l’Unisphère. Ils sont plus ou moins complexes et performants selon les moyens financiers du propriétaire.

IA : intelligence artificielle omnipotente créée par les Humains. Indépendante mais dévouée à la cause humaine, elle aide parfois les Humains directement, parfois non. Les Humains qui le souhaitent peuvent y transférer leur mémoire, leur personnalité lorsqu’ils sont fatigués de vivre.

Immortalité et résurrection : Les Humains sont devenus quasiment immortel. Ils peuvent, en fonction de leurs moyens financiers, parfois accumulé tout au long d’une vie de labeur, se faire rajeunir dans des cliniques spécialisées. Leur mémoire est conservée dans un implant grâce à des sauvegardes. Le clonage est aussi maitrisé et permet donc de ressusciter Humains tués accidentellement ou non grâce aux souvenirs conservés. Mais le processus est long, douloureux et traumatisant.

Dysoniens : race d’extraterrestres du système de Dyson répartie en deux types : les Immobiles et les Mobiles. Les premiers sont les dirigeants très intelligents et encore plus belliqueux ; les seconds, entièrement sous leur contrôle, sont leurs servants. Ils ne pensent pas comme les Humains. Individualistes, ils sont prêts à anéantir leurs congénères ou toute menace supposée.

Martin Lumière Montagne : le plus puissant des Immobiles. Il a capturé deux humains du vaisseau spatial Seconde Chance et a extirpé de leur mémoire les secrets du trou de ver. Il va anéantir les autres Immobiles, s’emparer de leurs richesses et de leurs Mobiles. Il prépare l’invasion du Commonwealth et met à contribution tous les moyens dont il dispose.

Paula Myo : enquêtrice la plus douée du Commonwealth. Elle traque depuis des années, sans résultat, Bradley Johansson, le fondateur des Gardiens de l’individualité.

Ozzie Fernadez Isaacs : Co-inventeur du portail spatial avec Nigel Sheldon et co-propriétaire de CST. Un peu dilettante, il se désintéresse des affaires. En très bon terme avec l’IA, il s’est fait aménager un astéroïde en résidence secondaire. Il y accède grâce à un trou de ver privé. C’est un aventurier très intelligent qui va décider d’emprunter les chemins Silfen à la recherche d’une réponse sur les Dysons.

Orion : jeune garçon qu’Ozzie va emmener avec lui sur les chemins Silfen. Ses parents ont parcouru ces chemins et ne sont jamais réapparus, laissant Orion orphelin.

Tochee : extraterrestre d’origine inconnue qui ressemble à une grosse limace de trois mètres de long avec deux  protubérances en forme de ski sous lui (qu’il utilise pour se déplacer) et deux autres auxquelles il peut donner des formes variées pour manipuler des objets. Les humains ne savent pas communiquer avec lui. Ozzie et Orion vont le rencontrer sur les chemins Silfen. Ils feront équipe pour survivre et peut être enfin sortir des chemins.

Je vous fais toutes ces descriptions pour vous aider à appréhender la complexité de ce space opera bien qu’il en faudrait 10 fois plus sur les personnages les planètes ... Comme à son habitude Peter F Hamilton construit, invente, décrit un univers achevé et cohérent. Mais parfois il se perd et, malheureusement, perd le lecteur. Il faut vraiment s’accrocher pour finir ce second tome. La profusion de personnages et d’histoires m’a perturbé. A tel point que, si j’ai accroché au début du livre en suivant les aventure d’Ozzie, d’Orion et de Tochee sur les chemins Silfen, je suis complètement passé à coté des histoires que je pensais secondaires, mais qui ne le sont pas. J’ai raccroché les wagons sur la fin du roman lors de l’invasion des Dysoniens. Je ne pense pas que ce soit le meilleur roman de Peter F Hamilton et j’espère que la suite sera plus palpitante.

Bon je commence le résumé, enfin je vais essayer :
Ozzie Fernadez Issacs et Orion ont été recueillis et soignés par un groupe d’Humains sur une planète glacée sur les chemins Silfen. Ils y rencontrent Tochee, réussissent à communiquer avec lui et à préparer une expédition pour quitter cette planète. Pendant ce temps le Commonwealth décide, après le retour du vaisseau Seconde Chance du système de Dyson, de constituer une flotte de Guerre et installe sur les planètes de phase trois des systèmes de repérage de trous de ver, en prévision d’une attaque des Dysoniens. Paula Myo continue à traquer Bradley Johansson et les Gardiens de l’individualité, mais ses certitudes sont ébranlées. Elle se pose de plus en plus de questions : « Si l’Arpenteur existait ? »  « Si les Gardiens de l’individualité avaient raison ? ». Martin Lumière Montagne se prépare. Il ne peut pas concevoir de vivre à coté d’autres civilisations. Pour se sentir en sécurité il doit conquérir la galaxie entière. Il attaque le Commonwealth avec une brutalité et une sauvagerie sans nom. Jamais dans leur histoire les Humains n’ont eu affaire à une telle détermination. Comment résister ? Sacrifier les planètes de phase trois et une partie de leur population ? La résurrection ne sera pas possible pour tout le monde…   

Avis de Monsieur Lhisbei

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Les ailes de la nuit 
Par Lhisbei le 28/06/2010 à 19:18

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Les ailes de la nuit

de Robert Silverberg

J'ai Lu - 212 pages

Lecture commune avec Val, Lexounet et Anudar.

Dans un lointain futur, la Terre a connu un âge d’or de la science et de la technologie, âge d’or qui a permis la création des Volants (des hommes génétiquement modifiés pour voler), le vol spatial , le commerce intergalactique, le rajeunissement et bien d’autres merveilles encore… Mais peu à peu l’humanité a perdu en bon sens ce qu’elle a gagné en science. « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » comme le dit si justement Rabelais. Arrogante la race humaine s’est attiré les foudres de certains peuples extra-terrestres. A force de jouer à l’apprenti chimiste avec la planète, elle a aussi déclenché des cataclysmes qui l’ont ramené à un âge plus obscur. La technologie n’est plus maîtrisée, et pour le commun des mortel son application s’apparente maintenant à de la magie. L’âge d’or est devenu un mythe, source de légendes que la confrérie des Souvenants tente de percer. La société s’est reconstruite autour de castes et confréries.
Le protagoniste principal et narrateur des Ailes de la nuit est un Guetteur chargé de surveiller les étoiles et de donner l’alerte dès qu’il détecte les envahisseurs. Au moment où il commence à perdre foi en sa mission il découvre que l’invasion est imminente. Invasion qui marquera la fin d’un cycle…

Robert Silverberg nous introduit avec délicatesse et élégance dans ce monde futur à la fois exotique et familier. Les pérégrinations du Guetteur nous conduisent de Roum, cité impériale aux sept collines, à Jorslem, ville sainte des christiens, hébroux et mislams, en passant par Perris ou par la Frique sur les chemins de la connaissance et de la rédemption. Résolument optimiste, Les ailes de la nuit est un livre qui ne paie pas de mine et cache bien son jeu. Son titre intrigue mais prend tout son sens dans les dernières pages. Court, linéaire dans sa narration, porté par un style limpide, simple (en apparence seulement), il se lit vite mais ne peut s'oublier aussi vite tant il (re)donne foi en l’être humain. Les Prix Apollo reçu en 1976 et Hugo reçu en 1969 sont amplement mérités.

Un extrait
La nuit tombait. Et Perris, qui m’avait paru si lugubre sous les nuages et sa bruine, devenait d’une merveilleuse beauté à l’instar d’une douairière qui revient de Jorslem ayant retrouvé sa jeunesse et ses charmes. Les lumières douces mais rayonnantes de la cité illuminaient d’un éclat magique les vieilles bâtisses grises, en estompaient les arêtes vives, effaçaient la crasse du temps, métamorphosait la laideur en poème. La lourde masse vautrée du palais du comte était à présent une aérienne fantasmagorie. La tour de Perris sous le feu des projecteurs qui la plaquait contre le ciel crépusculaire se dressait à l’est comme une gigantesque araignée filiforme – mais une araignée resplendissante de grâce. La lactescence de la maison des Souvenants était d’une beauté presque insoutenable et sa spirale historique paraissait non point s’enrouler jusqu’à son faîte mais plonger dans son cœur. C’était l’heure des Volants. Ils folâtraient dans les airs, traçant de gracieux ballets, leurs ailes arachnéennes déployer pour absorber la lumière venant d’en bas et leurs corps sveltes se tendaient obliquement par rapport à l’horizon. Quelle élégance dans l’envol de ces enfants transformés de la Terre, ces privilégiés dont la confrérie n’avait qu’une seule exigence : que ses membres soient heureux de vivre ! Ils dispensaient la beauté comme autant de petites lunes.   

Lire les avis de Val, Lexounet et Anudar mais aussi de ActuSF, SFU, Yet.

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Les couleurs de l'acier 
Par Lhisbei le 19/06/2010 à 10:06

les_couleurs_de_l_acierLes couleurs de l'acier
La trilogie Loredan, I

de K.J. Parker

Folio SF - 664 pages

Bardas Loredan est un avocat qui songe à prendre sa retraite après dix ans de bons et loyaux services. Et pour cause, à Perimadeia, la florissante cité où il officie, les plaidoiries ont depuis longtemps cédé la place aux duels à l’épée. Le procès est remporté par le bretteur survivant, qu’il soit plus talentueux ou plus chanceux. Talentueux, Bardas fait aussi partie des chanceux : soldat dans l’armée de Maxen il est l’un des rares rescapés des guerres meurtrières contre les hommes des plaines. Il décide de se reconvertir et d’ouvrir sa propre école d’escrime. Fait insolite une jeune femme vient s’inscrire à son cours. Jeune femme qui, quelques temps avant, avait réussi à faire lancer par le Patriarche de la Cité une malédiction à l’encontre de Bardas Loredan. Depuis Alexus, le Patriarche et gardien du Principe cherche en vain à la retrouver. Et quand les hommes des plaines, menés par le futé Temraï, attaquent la Cité, la vie de Bardas se complique encore un peu plus puisque les autorités lui confient la défense de la Perimadeia.

Ce premier tome est celui d’une mise en place. Le lecteur fait connaissance avec une foule de protagonistes : les destins individuels s’entremêlent, se retrouvent liés par magie ou par la nécessité, les histoires de famille ressurgissent. La magie décrite ici est assez particulière : le Principe ne se laisse pas facilement manipuler et semble même en faire à sa guise la plupart du temps, suivant des objectifs qui lui sont propres et qui restent obscurs pour les simples mortels. Même si la fin est très ouverte sur un second tome (nous sommes dans une trilogie après tout) l’intrigue principale de ce premier volet est entièrement résolue. Le lecteur ne se sent pas obligé d’enchaîner immédiatement sur le tome suivant.
La ville de Perimadeia est abondamment décrite et c’est un plaisir de se balader dans ses quartiers, répartis sur trois niveaux, tous occupés par des corps de métiers différents (les quartiers des tanneurs, des couturiers etc. dans la Cité Basse, les administrations et les bâtiments officiels dans la Cité du Milieu, la famille impériale dans la Cité Haute…). Les personnages sont bien campés ; certains sont dotés d’un cynisme et d’un humour à toute épreuve. Bardas a quelques airs de famille avec le Dr House sur le point de l’humour noir et des relations interpersonnelles. Sur la quatrième de couverture on nous indique que KJ Parker « passe son temps libre à fabriquer des trucs en bois et en métal ». Elle prend un vrai plaisir à nous expliquer comment on fabrique les épées, les machines de guerre, et tout un tas d’autres objets, à décortiquer la stratégie militaire, les techniques du sièges. Elle porte un regard d’ingénieur dans le sens noble du terme et nous en fait profiter à condition d’être réceptif. Si les descriptions sur l’art de concevoir un trébuchet vous rebutent, vous trouverez des longueurs. Malgré l’érudition la plume de l’auteur est limpide et le livre se lit avec une facilité déconcertante. On en redemande (et c’est quelqu’un qui n’aime pas les trilogies de fantasy qui écrit ça). La couverture de l'édition de poche est très réussie (l'édition en grand format chez Bragelonne était, elle aussi, superbe).

Un extrait
Le regard de Bardas Loredan passa de la lettre à l’épée, revint sur la lettre et retourna sur l’épée. Il savait que les armes étaient des objets ambivalents, capables de faire le bien comme le mal, ou les deux et parfois simultanément. Elles étaient incapables de comprendre ou d’apprécier les actions qu’on leur imposait. Loredan songea qu’il en allait de même pour un avocat – un homme qui se bat et qui tue au nom de la justice pour une cause qui n’est pas la sienne. C’était l’arme tenue par une main et l’habileté que cette dernière lui conférait qui décidaient ce qui était juste et ce qui ne l’était pas, du bien et du mal. Dans un procès, le jugement allait en faveur de l’avocat le plus fort et le plus rapide plutôt qu’à la cause la plus juste. Si un instant avant le début du duel le point de vue de l’accusé était devenu celui du plaignant – et vice versa – il était difficile de croire que la victoire changerait, elle aussi, de bord.

Lire aussi les avis de Yozone, ActuSF, Solaris, Elbakin, Présences d'Esprits, SFU, Arcanes, SFMag, Dilvich, Anansi, Daelf, SA_Avenger, Aphraël, Zakath-Nath, Sibilla.

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Le trône d'ébène 
Par Lhisbei le 12/06/2010 à 11:59

le_trone_d__b_neLe trône d'ébène

De Thomas Day

Folio SF - 315 pages

Prix Imaginales 2008

Nous, Zoulous, avons une prophétie : cette prophétie dit qu'un jour un enfant aux grands pouvoirs naîtra et qu'avec lui s'ouvrira une ère durant laquelle "amazoulou" signifiera terreur et mort pour tous les peuples du pays n'guni et des pays voisins, jusqu'à la mer, au sud, à l'ouest et à l'est, jusqu'aux Montagnes-De-La-Lune, au nord. Nous, Zoulous, avons une prophétie.

C’est bien connu, en fantasy, les prophéties se réalisent souvent. Voici donc celle de Chaka, roi des Zoulous et figure historique majeure de l’Afrique (bien que peu connue chez nous). Chaka a réellement existé et Thomas Day s’empare de son histoire pour ce roman sous titré Naissance, vie et mort de Chaka, roi des Zoulous. Qu’est ce qui distingue Le trône d’ébène d’un roman historique plus classique ? Le rôle de la magie, essentiellement. Elle est présente sous la forme de rites qui fonctionnent, d'une très vieille sorcière possédant de réels dons, de dieux en forme d'animaux et d'une lance investie d'un grand pouvoir. Comme dans Le roi d'août de Michel Pagel la trame historique est respectée. Chaka était un grand guerrier, un fin stratège et un habile conquérant (doublé d'un despote tyrannique) qui a bâti un empire. Son destin exceptionnel a fait de lui un demi-dieu, un personnage légendaire et fabuleux. Dans Le trône d'ébène Chaka est l'instrument des dieux et son ascension répond à des desseins plus complexes. Les enjeux de la prophétie le dépassent. Le fantastique, la magie se glissent presque naturellement dans les blancs de l'histoire. Comme Chaka est peu connu dans nos contrées, les blancs sont assez nombreux pour laisser le champ libre à l'imagination débridée de Thomas Day. Imagination débridée mais sobriété dans le style. Certes les scènes de sexes sont assez crues, les batailles et massacres baignent dans le sang et la violence. Mais l'écriture sait se faire poétique et légère quand le récit le demande. Le ton oscille entre le conte oral (dans la tradition des contes magiques africains) et le classicisme des biographies (mais sans jamais ennuyer). Thomas Day, dont on sent qu'il s'est bien documenté, adopte parfois un point de vue d'ethnologue. Le roman s'est trouve enrichi d'une dimension supplémentaire. La narration est fluide et ne manque pas de souffle pour évoquer la folie sanguinaire et la démesure du personnage de Chaka. Finalement le lecteur ne regrette qu'une chose : que ce Trône d'ébène se lise trop vite...

Lire aussi les avis de Cafard Cosmique, Elbakin, SFU, Yozone, ActuSF, NooSFere, SBM, Biblioblog, Sirocco, Efelle.

CLAP_AmelieInstant C.L.A.P.
Avec ce livre, je fais mon coming-out et affiche officiellement mon appartenance au C.L.A.P. le Cercle Littéraire des Amateurs de Pop-corn. J'ai embarqué ce livre avec moi et lu une quinzaine de pages en attendant la projection de Iron man 2. Il m'a aussi permis de patienter dans la salle d'attente du médecin.

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Pandore abusée 
Par Lhisbei le 06/06/2010 à 10:33

pandore_abuseePandore abusée
L’étoile de Pandore T1

de Peter F. Hamilton

Milady - 700 pages

Avis de Monsieur Lhisbei

Eagle II va se poser sur la planète Mars. Aux commandes se trouve le capitaine Wilson Kime dont le rêve est sur le point de se réaliser : devenir l’égal de Neil Armstrong et de Buzz Aldrin, les premiers hommes à avoir posé le pied sur la lune. 80 ans après le premier alunissage, Wilson Kime a l’immense honneur d’être le pilote de la première mission sur Mars. Une fois posé, l’équipage entend une voix inconnue qui les interpelle avec nonchalance  « Alors les mecs, ca roule ? Besoin d’un petit coup de main ? ». Tout le monde se fige. Elle appartient à Nigel Sheldon, un étudiant californien, engoncé dans une combinaison spatiale artisanale, faite de bric et de broc. Avec Ozzie Fernandez Isaacs il vient d’inventer le trou de ver, un portail spatial qui permet de voyager instantanément d’une planète à l’autre. Les vaisseaux spatiaux et les héros de la conquête spatiale sont bons à mettre au rencard. Tous les rêves de gloire de Wilson Kime s’effondrent. Grâce au trou de ver,  l’humanité colonise plus de 600 planètes en 300 ans et crée le Commonwealth, une fédération démocratique, en réalité dirigée par de puissantes et riches familles.
D’autres progrès techniques, comme le rajeunissement, permettent à l’homme d’atteindre une quasi immortalité. L’humanité semble être entrée dans une aire de progrès et d’expansion sans limites, mais un petit astronome, aux confins du Commonwealth, découvre que deux soleils,  baptisés les Dyson, disparaissent subitement. Il réalise qu’en fait de disparition ils sont toujours là mais entourés d’un champ de force. Quelle civilisation peut réaliser un tel prodige ? Et pourquoi ?
Les Dyson sont trop éloignés du Commonwealth pour s’y rendre avec un simple trou de ver. Nigel Sheldon et les dirigeants de la fédération décident de construire un vaisseau spatial équipé d’un générateur de trous de ver pour explorer ce champ de force et de découvrir qui l’a créé et pourquoi. Ils confient cette mission à Wilson Kime… Ils vont ouvrir la boite de Pandore.

Perter F Hamilton nous offre ici un space opera en quatre volumes dont il a le secret. Le premier tome est un peu long à se mettre en route. Difficile d’accrocher mais ça vaut le détour et les efforts. Hamilton utilise le même système narratif que pour ses autres séries de space opera comme Rupture dans le réel : plusieurs histoires indépendantes, parfois reliées, se croisent. A chaque changement de chapitre, vous passez d’une histoire à l’autre. Il y a une profusion de personnages ce qui rend parfois difficile la lecture et la compréhension du récit.  Mais comme je le disais plus haut, il faut s’accrocher. Vous serez parfois découragé mais jamais déçu. Les histoires sont presque indépendantes mais les personnages sont reliés et le lecteur ne sait jamais à quel moment elles vont se rejoindre, s’imbriquer, ou simplement se croiser. Ce style narratif vous donne toujours envie de tourner la page mais il me frustre un peu : à peine s’attache-t-on à personnage qu’il faut le quitter pour un autre, sans savoir à quel moment du récit on le retrouvera et au risque d’avoir oublié son histoire… Perter F. Hamilton réussit le tour de force d’obliger le lecteur à ne pas lâcher le livre, à voyager dans le roman pour découvrir la suite et encore la suite et toujours la suite.

Avis de Monsieur Lhisbei

Lire aussi les avis de Claude Ecken sur NooSFere, Psychovision, Phénix Web, Marc, Hassan's stories, Paysage imaginaire, Vance, La Confrérie des Libraires Extraordinaires.

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Carbone modifié 
Par Lhisbei le 01/06/2010 à 17:43

Carbone_modifieCarbone modifié

de Richard Morgan

Milady - 571 pages

Carbone modifié est mon premier Milady. Milady, comme son "papa" Bragelonne, jouit d'une mauvaise réputation dans le petit milieu du fandom SF (j'exagère à peine). Ses crimes : des couvertures criardes, des franchises Elfes-Dragons-Magie-et-Baston, des sagas interminables qui, tome après tome, perdent en qualité ce qu'elles gagnent en clichés, le tout dans une avalanche de publications propre à étouffer celles, plus modestes en nombre, des autres maisons d'éditions... Bref,  Milady a repris le rôle joué par Fleuve Noir naguère : beaucoup de livres avec du bon et du moins bon, au lecteur de trier pour trouver sa came.  Malgré mes trèèèèèèèèèès nombreuses qualités (si, si), je ne suis pas exempte de défauts, dont celui de la paresse. Pourquoi perdre du temps à chercher, trier et fouiller alors que mes fournisseurs habituels pourvoient pleinement à mes besoins en matière de lecture ?  Dont acte : Milady est passé à la trappe. Il aura fallu le swap Eternal SF doublée d'une lecture commune avec Cachou, Lulu et Tigger Lilly pour me plonger dans un livre estampillé Milady.

Disons le tout de suite, Carbone modifié est à ranger dans la catégorie du "bon". Premier roman de Richard Morgan, il a reçu en 2003 le prix Philip K. Dick et a souvent été comparé à Blade Runner. Le monde décrit par Dick et celui de Richard Morgan ont en commun d'être proches de nous malgré l'éloignement temporel, et, surtout, d'être violents, inquiétants, sombres et de ne pas donner envie de les voir se réaliser trop vite. Takeshi Kovacs, personnage principal de Carbone Modifié, n'est pas sans rappeler Rick Deckard et l'idée de le faire incarner par un Harrison Ford jeune ne manque pas d'attrait. Carbone modifié s'inscrit donc dans un univers déjà bien balisé par d'autres. Ce qu'il perd en originalité (ben oui) il le gagne en clarté : les nombreuses innovations technologiques (et les néologismes qui vont de pair) ne perdent pas le lecteur dans une faille spatio-temporelle.

Nous sommes au 26 siècle dans un univers cyberpunk assez classique. La technologie défie la mort : l'homme a la possibilité de se faire "digitaliser" l'esprit et réincarner dans des enveloppes : corps humains d'emprunt, clones ou corps synthétiques, au choix, ou plutôt en fonction du budget de chacun. La richesse vous apporte l'immortalité. Laurens J. Bancroft a presque vaincu la mort. Il fait partie des Maths, abréviation de Mathusalem, la caste de ceux qui sont assez riche pour défier le temps. Il charge Kovacs d'enquêter sur sa dernière mort. La police a conclu a un suicide mais quel intérêt, pour un homme assez riche pour entretenir plusieurs clones et sauvegarder son esprit tous les 48 heures, de mettre fin à ses jours ? Bancroft n'a pas choisi Kovacs par hasard. Ancien membre d'une force d'élite, les Corps Diplomatiques, il a l'esprit et les sens suffisamment aiguisés pour dénouer les fils de l'intrigue... De toute façon il n'a pas vraiment le choix s'il veut récupérer son enveloppe originelle. L'enquête démarre sur des chapeaux de roue et ça castagne dans tous les sens sur un rythme endiablé. Cynique à souhait (et drôle pour qui aime l'humour noir) Kovacs reste une machine à tuer dont la conscience est restée coincée sur une autre planète à l'occasion d'une mission meurtrière. L'intrigue de ce techno-polar est compliquée et sinueuse au possible et les péripéties s'enchaînent sans heurts ni temps morts. Carbone modifié n'est probablement pas le roman du siècle mais reste un excellent divertissement : intelligent, complexe et bourré d'action.

Un extrait:
J'avais l'impression de nager dans une rivière de diamant.
Quand nous avons atteint La Tête dans les Nuages, la drogue avait déjà éliminé la plupart de mes réponses émotionnelles ; tout devenait lumineux et brillant. La clarté était une substance, un film de compréhension recouvrant tout ce que je voyais, tout ce que j'entendais. La combinaison furtive et le harnais antigrav ressemblaient à une armure de samouraï. Quand j'ai sorti le paralyseur de son étui pour en vérifier le réglage, j'ai senti la charge, enroulée comme un serpent prêt à se détendre.
C'était la seule phrase de pardon dans la poésie d'armement qui m'entourait. Le reste ne parlait que de condamnations à mort.

Lire aussi les avis de Cachou, Lulu et Tigger Lilly mais aussi de Cafard Cosmique, SFU, NooSFere, Yozone, Critic, Psychovision, Gromovar, Bénédicte Coudière, Hugin & Munin, Martlet, BiblioMan(u), Fred H, Imagine.

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Gradisil 
Par Lhisbei le 02/05/2010 à 10:33

GradisilGradisil

de Adam Roberts

Bragelonne - 567 pages

Dans un futur très proche (nous sommes en 2050) l'espace est accessible, pour le peu que vous en ayez les moyens où que vous soyez bricoleur et débrouillard. Utilisant les courants magnétiques issus des pôles, quelques pionniers ont bricolé des avions et envoyés des conteneurs étanches en orbite pour en faire leur résidence secondaire. Là haut, la vue est splendide et une nouvelle vie peut commencer. Dans ces Hautes-Landes il n'y a ni État, ni gouvernement, rien qu'une poignée d'individus dans des mètres cubes de vide.

Gradisil est un roman en trois parties, sur trois générations d'une famille, chacune portée par une voix différente. Dans la première partie c'est Klara, alors vieille femme, qui raconte sa jeunesse et le temps des pionniers des Hautes-Landes. Le récit, à la première personne, est parfois confus, et de digressions en digressions, se perd dans les méandres des souvenirs de Klara ce qui en rend la lecture laborieuse par moment. La personnalité de Klara est un peu confuse (et l'auteur, plus loin dans le roman, nous fait comprendre pourquoi...). Introductif, le récit de Klara s'arrête trop vite à mon goût. Même si dans les parties suivantes d'autres personnages nous apprendront ce qui est finalement advenu à Klara j'aurais aimé avoir son point de vue à elle. La seconde partie alterne entre Slater, officier de l'armée US et Paul, mari de Gradisil la fille de Klara. Gradi s'est fixé pour objectif de fédérer les Hautes-Landais et d'en faire une nation. Au fur et à mesure des progrès techniques réalisés, les Hautes-Landais sont devenus de plus en plus nombreux. Les USA et l'Europe convoitent aussi ce nouveau territoire rendant les guerres inévitables. La figure de Gradisil dépeinte par Paul et Slater, complexe, fait parfois un peu peur (froide, manipulatrice...) mais le lecteur ne peut que se rallier à sa cause. Le personnage de Paul est touchant bien que souvent insupportable par ses pleurnicheries. Le fait qu'il narre son histoire à la première personne le rend proche, trop à mon goût car je n'ai pas aimé le fréquenter. La dernière partie, beaucoup plus courte que les précédentes, s'attache aux deux fils de Paul et Gradisil, Hope et Sol pour apporter une conclusion logique et inéluctable que nous ne révèlerons pas ici.

Jean Claude Dunyach avait évoqué ce livre lors d'une conférence sur la conquête de l'espace aux Utopiales l'année dernière. Alléchée par ses propos, je me souviens l'avoir acheté dans la foulée, à la librairie du festival. Il ne restait qu'un exemplaire. Au vu de la couverture (magnifique non ?), du traducteur (Élisabeth Vonarburg), du texte de 4eme de couverture j'ai pris le livre sans me poser de question... et surtout sans l'ouvrir et en lire les premières pages comme je le fais d'habitude. Allons droit au but avec Gradisil. Ce livre est chiant à lire. Je n'ai pas d'autre mot (même s'il est dur). Il a tous les atouts pour séduire : intéressant, intelligent, une idée de départ fascinante, une construction maîtrisée, des personnages fouillés, un point de vue, un engagement, du rêve, de la guerre, du sang, des sentiments, de la vengeance... Gradisil est une fresque familiale, une histoire de conquête spatiale, la gestation et la naissance d'une nation (ce n'est quand même pas n'importe quoi une nation !) mais manque cruellement de souffle et comporte quelques longueurs. La descente du colonel Slater est un monument d'ennui par exemple. Habillé d'une simple combinaison spatiale, il se retrouve à orbiter, promis à une mort certaine. Sa longue descente ne donne qu'une envie : abréger sa lente agonie, qu'on en finisse bon sang ! (et en plus il a le toupet de survivre le bougre). Tous les ingrédients sont là, tous d'excellente qualité, mais la mayonnaise ne prend pas. Pourtant il faut lire ce livre. Lire Gradisil c'est un peu comme lire certains classiques imposés en classe. Quand on lit Madame Bovary à 17 ans on s'ennuie ferme mais, plus tard, la vie aidant, on se souvient de Madame Bovary et on comprend mieux. Madame Bovary plante une graine dans l'esprit du lecteur de 17 ans, graine qui donnera à récolter des années plus tard. Qui sait ? Peut être la gaine de Gradisil donnera-t-elle naissance à l'Yggdrasil... Il faut lire Gradisil pour ses ingrédients, pour le fond et oublier un peu la forme. Pour rêver à un autre type de conquête spatiale, non basée sur une guerre froide ou une concurrence entre nations, mais avec ce rêve un peu fou d'une possible utopie, d'un monde nouveau, là haut, au dessus de nos têtes.

Lire les avis de Angua, Critic, Actualitté,

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La Vénus anatomique 
Par Lhisbei le 27/04/2010 à 17:51

la_venus_anatomiqueLa Vénus anatomique

de Xavier Mauméjean

Mnemos - 248 pages

1752. Julien Offroy de la Mettrie, médecin chirurgien et philosophe vit paisiblement à Saint-Malo lorsqu’il se fait enrôler par le Secret du Roi, la police secrète de Louis XV. Il n’a pas d’autre choix que de faire équipe avec le biomécanicien Jacques Vaucanson et l'anatomiste Honoré Fragonard (cousin du célèbre peintre) pour créer le nouvel Adam à Berlin dans le cadre d’un concours européen. La Chambre ardente, tribunal d’inquisition farouchement opposé à la science des Lumières, ne l’entend pas de cette oreille et dépêche ses mousquetaires noirs pour empêcher le projet. Voila Julien de la Mettrie embarqué dans des intrigues politiques avec pour défi de construire un automate de chair…

Dans une langue qui rappelle celle du 18eme siècle (allégée des lourdeurs soporifiques propres à ce style), Xavier Mauméjean nous offre un roman aux multiples facettes : roman d’automate où le cousinage avec Frankenstein assumé de bout en bout (l’addendum vous livrera l’une des clés), uchronie non victorienne, roman de cape et d’épée où s’affrontent des mousquetaires noirs et gris mais aussi roman politique déguisé en divertissement (le Berlin des Lumières nous rappelle bien des heures sombres) et philosophique (où l’éthique tient une grande place). Pour ce qui est de la philosophie précisons d’emblée que c’est une philo vivante qui est proposée ici : les personnages s’interrogent le plus souvent sous forme de dialogue et partagent avec nous le fruit de leurs réflexions (dans la grande tradition des philosophes de l'antiquité). De même les querelles de philosophes (les piques volent contre Voltaire) leur donne une dimension tout à fait humaine. La Mettrie croise le « beau monde » de l’époque : Casanova, Diderot, le Chevalier d’Eon, Jean Sébastien Bach… Clin d’œil et références multiples à l’Histoire, la philosophie, les arts, et la littérature - le roman de Renard donne lieu à une interprétation vertigineuse - parsèment le récit pour le plus grand plaisir du lecteur. Xavier Mauméjean décrit de nombreuses inventions « avant l’heure » jusque dans les moindres détails (des vêtements de travail, qui vont des pieds au cou, en toile bleue de Nîmes ou l’utilisation du caoutchouc en guise de gaine isolante). La documentation, que l’on devine abondante, est utilisée intelligemment. L’érudition de l’auteur ne prend jamais le pas sur les nécessités du récit. Les longs passages descriptifs savants, mais ennuyeux car inutiles et déconnectés de l’histoire, nous sont épargnés. Le seul point noir de La Vénus anatomique réside dans sa fin, un peu trop vite expédiée à mon goût.

En somme voici un roman fin dans le trait et dans la plume mais dont la fin laisse le lecteur un tantinet sur sa faim.

Un extrait :
Six.
Six agents du Secret, un pour chaque jour de la semaine, assurant la genèse du pouvoir. Le premier sépare la lumière des ténèbres et demeure dans l'ombre, tandis que le roi irradie ses rayons. Le deuxième, serviteur d'une monarchie divine, reste à l'écoute du ciel et gouverne les océans. Agissant sur terre, le troisième prend en charge les affaires du royaume. Le quatrième surveille les grands qui, à la façon des astres, cherchent continuellement à éblouir. Bétails, cheptels, viviers dépendent du cinquième dont le souci est de maintenir la fortune de la maison royale. Le dernier fait grand cas des hommes, puisque le souverain est père de ses sujets.
Ainsi le septième jour est-il réservé au repos du seigneur.

La Vénus anatomique à reçu le Prix Rosny aîné en 2005. Lire les avis de Yozone I et Yozone II,  Cafard Cosmique, Quarante-deux, ActuSF, NooSFere, SFU,  Fantastinet, David Martin, BMR&MAM, De charbon et d'éther, Terra incognita, Efelle.

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